Collège moderne de Gagnoa : Un enseignant accuse son supérieur de harcèlement
Collège moderne de Gagnoa : Un enseignant accuse son supérieur de harcèlement
S’agirait-il d’une dérive relationnelle ? Un enseignant du collège moderne de Gagnoa, Kouassi N’Guessan Jean-Baptiste, affirme subir depuis plusieurs années un harcèlement moral imputé à son supérieur hiérarchique. Selon lui, cette situation l’aurait conduit à envisager « le pire ».
« Depuis plus de quatre ans, je subis une pression morale insoutenable et un harcèlement constant de la part de mon supérieur hiérarchique. Depuis sa nomination à la tête de notre établissement, il n’a jamais remis en question la qualité de mon travail.
Pourtant, il déploie une énergie considérable pour me nuire, notamment lorsque je m’exprime sur le groupe WhatsApp de la mutuelle du personnel. Jusqu’à présent, je suis victime d’une véritable chasse aux sorcières », confie-t-il.
D’après l’enseignant, cette situation affecte gravement sa santé physique et psychologique : « Mon équilibre se dégrade dangereusement. Mon supérieur se vante d’être proche du pouvoir et dit que face à “l’administration, ce monstre”, toute tentative de défense serait vaine.
Cette année encore, il utilise des moyens administratifs pour me nuire davantage. Je vous avoue que cette épreuve m’a parfois conduit à envisager le pire. Cet homme me détruit lentement, jour après jour. Je vous en conjure : réagissez avant qu’il ne soit trop tard. »
Il affirme par ailleurs ne jamais avoir été informé clairement des fautes qu’on lui reproche : « On ne m’a jamais dit ce que j’ai fait concrètement. On me reproche seulement d’écrire trop sur notre plateforme MUPEC, sur tout ce qui concerne la corporation. »
Estimant être le seul parmi 54 enseignants à dénoncer ces pratiques, il a décidé de rendre publique sa situation sur Facebook.
À propos de son état psychologique, il ajoute : « Quand vous êtes abattu psychologiquement et qu’il n’y a plus d’issue, vous pensez peut-être à quitter ce monde pour ne plus subir cela. J’étais atteint psychologiquement car je ne comprenais plus ce qui se passait. Pour moi, le mot harcèlement n’est pas trop fort. »
La version du principal, M. Kanté Ousmane
Contacté, M. Kanté Ousmane, principal du collège moderne de Gagnoa et accusé dans cette affaire, nie fermement les accusations.
« On m’appelle de partout pour me dire que j’ai un professeur qui veut se suicider. Il s’agit de Kouassi N’Guessan Jean-Baptiste. Il est enseignant chez moi. J’ai été le parrain du baptême de son enfant.
Il y a eu beaucoup d’incompréhensions entre nous. Je l’ai appelé le jeudi 16 octobre : je lui ai dit tu écris trop ! Alors je l’ai menacé de le muter à Natiokoradjara. Il a eu peur. Le week-end, il a écrit sur les réseaux sociaux que je l’avais menacé. »
Selon lui, l’administration supérieure a été alertée : « Madame la DRENA m’a appelé. Je lui ai dit : Calmez-vous, vous venez d’arriver. Le syndicat est venu me voir, on a discuté, on a fait une photo de famille. Je ne sais pas pourquoi ça a pris une telle proportion. Au collège moderne de Gagnoa, tout se passe bien. »
Le principal affirme être victime d’une « cabale » : « Il veut profiter de la situation délétère actuelle pour me nuire. Mais on a échangé. La vérité a éclaté : il n’y a rien. Lui et moi étions en parfaite harmonie. Les syndicalistes sont venus ; j’ai demandé une confrontation, il a refusé. Ils ont compris qu’il n’y avait rien. »
Il reconnaît toutefois avoir menacé l’enseignant dans son bureau : « Le 16 octobre 2025, je l’ai menacé : Sors de mon bureau ! C’était une plaisanterie de mauvais goût. Je ne gagnerais rien à faire du mal à ce jeune. C’était pour le ramener sur le droit chemin. Il a cru que j’étais sérieux. »
Pour terminer, il affirme : « Je suis victime de méchanceté, de jalousie et de calomnie. Dans mon école, tout marche à merveille. Ce jeune-là, je l’apprécie. Toi là, dès lundi, je t’envoie à Natiokoradjara : c’était une plaisanterie. Je n’ai commis aucune faute. Quelqu’un qui veut se suicider, le dit-il à quelqu’un ? C’est de la pure plaisanterie. »
Interrogations et zone d’ombre
Cette affaire soulève de nombreuses questions :
-Un supérieur hiérarchique n’a-t-il pas le droit de recadrer ses collaborateurs ?
-Un subalterne peut-il étaler un conflit professionnel sur les réseaux sociaux ?
-L’enseignant cherche-t-il à exposer publiquement son supérieur ?
-Existe-t-il derrière cette affaire une intention de nuire ou une instrumentalisation syndicale ?
Certains observateurs jugent étonnant qu’un enseignant en début de carrière choisisse d’exposer ainsi ses différends professionnels en ligne, au risque d’entacher son propre matricule. D’autres y voient peut-être une stratégie pour attirer l’attention sur une situation qu’il juge insupportable.
Position de la DRENA
Interrogée sur le dénouement de cette affaire, Mme Yamba Salimata, Directrice régionale de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation de Gagnoa, a sèchement répondu :
« Il n’y a aucun problème. Si vous souhaitez d’autres informations, vous devez obtenir une autorisation de ma hiérarchie. »
Affaire à suivre.
AKOTO G., Région du Gôh
