« Puff » / Nouvelle addiction dans les écoles : Le nuage blanc qui dévore nos enfants
« Puff » / Nouvelle addiction dans les écoles : Le nuage blanc qui dévore nos enfants
Il n'a pas de visage de monstre. Il ne fume pas dans une ruelle sombre. Il tient entre ses doigts un petit tube coloré qui sent la mangue, la fraise, le bubble-gum - et il a treize ans. La « puff », cigarette électronique jetable aux atours de jouet, a silencieusement investi les cours d'école d'Abidjan, les ruelles de Yopougon, les bals de terminale. Derrière les nuages blancs et les parfums d'enfance, une dépendance implacable forge ses chaînes, une par une, bouffée après bouffée.
Vue des trois prototypes de « puff » sortis du tiroir de Yao Lambert lors de son interview dans son bureau à Cocody-Les II Plateaux Vallon.
Le refuge empoisonné
Mais cet après-midi-là, aux abords du rond-point de Saint-Viateur, dans le quartier de la Palmeraie, c'est une autre figure qui la dessine : celle d'une jeune adolescente qui enchaîne les tafs avec une désinvolture souveraine, défiant ce regard inquisiteur de la société qu'elle a, depuis longtemps déjà, appris à ne plus craindre.
La cigarette électronique qu'elle tient entre ses doigts - une « puff », comme on l'appelle dans les cours de récréation et les ruelles d'Abidjan - crache ses volutes blanchâtres dans l'air tiède du soir.
Un nuage de rien. Un nuage de tout. Elle a découvert ce petit tube coloré il y a cinq ans. Elle était au collège. Elle avait treize ans. « C'est arrivé comme ça, naturellement », lâche-t-elle.
Mais rien, dans cette histoire, n'est naturel. Derrière la désinvolture, se dissimule une blessure que les mots peinent à circonscrire : la mort de son père, en 2021 - une bourrasque qui n'a laissé que silence et vide.
Un vide béant, abyssal, que personne n'a su combler. Que personne n'a tenté de nommer. « J'étais très attachée à mon papa.
Quand il est décédé, je voulais combler ce sentiment de manque. Il n'y avait personne pour m'aider. C'est comme ça que j'ai basculé dans la consommation de la ‘’ puff’’ », confesse la lycéenne.
Basculé. Le mot est juste lâché comme un scalpel. Il dit la chute, le glissement imperceptible - ce moment précis où un enfant en deuil tend la main vers n'importe quoi qui ressemble à un baume, une main tendue et trouve, à la place, un piège. La nicotine ne frappe pas à la porte ; elle entre par les fissures de la douleur.
Aujourd'hui, Carelle est prise dans l'étau de l'ambivalence : elle veut arrêter, elle le répète, elle le proclame - sans jamais y parvenir.
La nicotine a fait son œuvre en silence, installant sa tyrannie douce au creux de ses poumons, dans les replis les plus intimes de son cerveau. « Je ne pense pas que la ‘’puff’’ soit plus dangereuse qu'une cigarette classique », tente-t-elle de justifier.
Cette légèreté fait froid dans le dos. Comme si minimiser le danger suffisait à le conjurer - comme si le mensonge qu'on se raconte finissait par devenir la vérité.
Le volcan en classe
Dans un établissement semi-privé des II-Plateaux-Vallon, la scène possède cette banalité-là, terrible précisément parce qu'elle est banale.
A.Z., 17 ans, adolescent filiforme engoncé dans une tenue kaki trop grande pour lui - comme si son corps lui-même n'avait pas encore décidé de grandir -, arrache presque la « puff » des mains de son camarade. Il l'embouche avec une avidité troublante, aspire longuement, puis expire.
Une épaisse fumée blanchâtre, presque inodore, s'échappe de sa bouche tel un volcan en éruption miniature - spectacle grotesque d'une adolescence qui brûle à petit feu, sans que personne ne crie au feu. Autour de lui, on compte les tafs. « Tu en as pris trois.
C'est suffisant », lui lance son camarade. Mais A.Z. en redemande toujours. Fils d'une famille cossue du quartier huppé, élève de Terminale scientifique - à qui l'on donnerait le bon Dieu sans confession -, il n'a pas vu venir le piège.
Nul ne l'avait prévenu que derrière les parfums fruités et les vapeurs colorées se cachait la nicotine, cette substance qui n'attend que la première bouffée pour planter ses griffes dans le cerveau encore malléable d'un adolescent.
« Au début, je ne savais pas qu'il y avait de la nicotine. J'ai essayé pour le fun, sans savoir que je prenais une habitude », confie A.Z.
Aujourd'hui, il cherche sa « puff » dans les grandes surfaces, dans les magasins spécialisés, dans les rayons du centre commercial ‘‘Abidjan Mall’’, sur Alibaba.
Il la trouve partout - parce que partout on la vend, sans scrupule, sans contrôle, sans même sourciller devant le visage juvénile du client.
Il a essayé d'arrêter. Il a tenu cinq jours. Cinq jours pendant lesquels les « puffs » envahissaient même ses rêves - chacune avec son parfum, autant de fantômes olfactifs venus lui rappeler que la dépendance ne dort jamais.
« Les soirs, quand je dormais, je faisais des rêves de puff et chaque rêve avait un parfum différent », avoue A.Z qui se gratte le corps en parlant, comme si des fourmis lui administraient des piqûres invisibles. C'est le portrait de la servitude moderne : un enfant de dix-sept ans, esclave d'un tube de dix centimètres.
Quand l'échappatoire devient le geôlier
À Abobo, T. Alphonse. a 14 ans et déjà il a le regard de quelqu'un qui a le double de son âge. Il abhorrait la cigarette - son odeur âcre, sa brutalité, tout ce qu'elle représentait de vulgaire et de destructeur.
Puis les difficultés personnelles se sont accumulées, silencieuses et écrasantes comme des pierres posées, une à une, sur la poitrine d'un enfant qui n'a pas les mots pour appeler à l'aide. Alors il a trouvé la « puff ». Pas par vice. Par épuisement.
« C'est passé du besoin à l'habitude », confesse Alphonse en se frottant la ganache, avec la lucidité poignante de celui qui a compris - trop tard - que la cage s'était refermée sur lui sans bruit. Il a réussi à s'en extraire, tant bien que mal, dit-il. Mais il sait que la frontière est mince, dangereusement mince, entre la liberté retrouvée et la rechute.
À Yopougon, Zatté J-C, 21 ans, a commencé à 18 ans dans un collège privé - par curiosité d'abord, cette curiosité juvénile que les fabricants de « puff » ont apprise, avec une précision diabolique, à transformer en dépendance financièrement rentable.
L'entourage a fait le reste : quand tous ceux qui vous entourent vapotent, l'abstinence ressemble à une excentricité, presqu’à une trahison. « J'avais l'impression que ça me déstressait et m'aidait à me concentrer », se rappelle J.C.
Illusion. Mensonge chimique. Poudre de perlimpinpin habillée en béquille psychologique. Issu d'une famille pieuse, J-C fume sa « puff » en cachette, terré dans sa double vie, dévoré par la peur de la déception parentale. La honte n'arrête pas la dépendance - elle la rend simplement plus solitaire, plus enfouie, plus tenace.
Le petit commerce de la perdition
À Bingerville, S. Malick a 15 ans quand il prend son premier taf - sous l'influence des amis, des réseaux sociaux, de cette pression sourde à être dans la tendance, à ressembler aux silhouettes qui s'affichent en boucle sur les écrans et qui font de la vapeur un geste d'esthète, on dirait un sybarite. Il a eu la chance, rare, de s'en sortir.
Mais en observant ceux qui restent prisonniers, il soulève un coin du voile sur un petit commerce informel aussi lucratif que discret : des « puffs » achetées en gros sur Alibaba, revendues à prix majoré dans les établissements scolaires.
Un marché noir de poche, organisé dans l'ombre des cours de récréation, à portée de main des jeunes élèves. La marge, elle, est sans équivoque : acquise en gros à 5 524 FCFA - l'unité se revend entre 15 000 et 25 000 FCFA, une multiplication par trois ou cinq du prix d'achat, de quoi faire pâlir bien des commerces légaux.
Et ce que Malick révèle ensuite glace le sang : certaines « puffs » ne contiennent pas seulement de la nicotine. Elles sont mélangées à du THC - le tétrahydrocannabinol, molécule psychoactive du cannabis - voire à du gaz hilarant.
Ce que l'enfant croit être un simple nuage de vapeur fruitée peut être, en réalité, une porte dérobée vers des substances autrement plus dévastatrices. « J'ai arrêté parce que ça affectait mon cardio. J'ai des amis qui sont complètement dépendants.
Pour eux, passer une semaine sans ‘’puff’’ est très difficile. » Il prononce le mot « merde » pour désigner la « puff ». C'est le seul mot à la hauteur de sa colère.
De la « puff » au cannabis : la descente aux enfers
L'histoire de T. Ferdinand, 17 ans, lycéen à Koumassi, est peut-être la plus bouleversante - et la plus révélatrice de l'engrenage infernal que peut déclencher une seule bouffée. Il avait 13 ans quand ses camarades de classe lui ont mis une « puff » entre les mains.
Brillant élève, disait-on autrefois. Aujourd'hui, ses résultats scolaires s'effondrent comme un édifice miné de l'intérieur, rongé par une addiction qui lui coûte bien plus que sa santé.
Pour financer sa dépendance, il a commencé à voler les petites économies de la famille. Des parents qui ont tout donné pour que leur enfant aille à l'école, et qui se retrouvent dépouillés en silence par la main même qu'ils ont nourrie. L'ingratitude n'est pas ici un vice : elle est le symptôme d'une maladie que personne ne veut nommer.
Puis, lorsque la culpabilité l'a rattrapé, T. Ferdinand a trouvé une solution encore plus sombre : troquer la « puff » contre le « Kali » - le cannabis -, ou contre le tramadol, surnommé « Khadafi » dans les venelles d'Abidjan. Moins cher. Plus accessible. Infiniment plus destructeur.
Un tube coloré, acheté sans ordonnance, vendu sans vergogne, consommé sans conscience des conséquences - et voilà un enfant précipité dans l'abîme des drogues dures. Une trajectoire de vie brisée pour un objet qui tient dans la paume d'une main.
Le silence des chiffres, la clameur de la réalité
Derrière chaque visage raconté ici, il y a des milliers d'autres que personne ne voit - ou que personne ne veut voir.
Selon la quatrième Enquête Démographique et de Santé de Côte d'Ivoire (EDS-CI 2021), la prévalence du tabagisme chez les adolescents (de 15 à 19 ans) avoisine déjà 6 %.
À l'échelle mondiale, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) tire la sonnette d'alarme : au moins 15 millions d'adolescents (de 13 à 15 ans) utilisent des cigarettes électroniques à travers le monde. Quinze millions. Quinze millions de vies précocement sacrifiées sur l'autel de la dépendance et du profit.
En Côte d'Ivoire, les données spécifiques sur la « puff » demeurent rares -un silence statistique aussi inquiétant que l'épidémie - la ‘’puffidémie’’ - qu'il est censé documenter. Une enquête mondiale révélait pourtant que près de 20 % des jeunes ivoiriens (de 13 à 15 ans) avaient expérimenté le tabac.
C'était il y a plus d'une décennie. Depuis, la menace ne s'est pas éteinte : elle s'est transformée, modernisée, maquillée sous les traits séduisants de la « puff » - mangue, fraise, menthe glacée, bubble-gum.
Des saveurs d'enfance pour envelopper un poison d'adulte. Derrière cette fumée blanche et presque inodore se dissimule un piège aussi insidieux qu'implacable : une dépendance silencieuse qui avance masquée, qui s'installe sans bruit dans les poumons de nos enfants. Le nuage se dissipe. Les dégâts, eux, restent.
La guerre invisible des chefs d'établissement
La « puff » infiltre les établissements scolaires ivoiriens avec une discrétion redoutable. Faussement perçue comme inoffensive, elle sème dans l'ombre les graines d'une addiction qui ne dit pas son nom, sous ses couleurs attrayantes et son parfum trompeur. Yao Lambert a 20 ans d'expérience dans l'éducation.
Censeur dans un établissement semi-privé de Cocody-Les II Plateaux Vallon, fort de 651 élèves, il est aussi pasteur. Un homme qui a traversé des épreuves.
Mais la « puff » l'a pris de court. « Le phénomène de la ‘’puff’’ est réel et même en hausse en milieu scolaire. Nous avons déjà procédé à plusieurs saisies, parfois même pendant les heures de cours ou durant la récréation. De nouvelles marques apparaissent régulièrement, avec des emballages attrayants qui séduisent les jeunes », déplore-t-il.
Yao Lambert tire un tiroir de son bureau. Il en sort trois « puffs » confisquées à des élèves. Trois petits tubes colorés, innocents en apparence - et pourtant. Comme trois pièces à conviction d'un crime que personne ne veut encore qualifier.
Son établissement a instauré des mesures correctrices : contrôles inopinés des sacs, confiscation définitive des produits, convocation des parents, conseil de discipline, sanctions pouvant aller jusqu'à trois jours d'exclusion, et en cas de récidive grave, collaboration avec les forces de l'ordre. Tous les lundis, lors de la montée des couleurs, une sensibilisation est organisée.
Mais l'ennemi est aussi insidieux que volatile. « La détection n'est pas toujours facile, car ces produits dégagent parfois peu d'odeur. Cela nécessite une vigilance constante et des contrôles réguliers », martèle-t-il, avec véhémence.
À Yopougon - commune de tous les excès, Wilfried Angama, directeur des études dans un établissement de près de 2 000 élèves, se veut plus rassurant.
Il minimise, il relativise. Mais sous sa modération perce une réalité que les chiffres ne masquent pas entièrement : ici aussi, la « puff » a frappé.
Ici aussi, des sanctions ont été nécessaires. Ici aussi, des élèves ont été présentés au rassemblement comme mesure dissuasive - la honte comme rempart contre la dépendance.
Aux dires de ces responsables d'établissement, les dispositions prises ont permis d'atténuer l'ampleur du fléau. Les résultats, affirment-ils avec une conviction, sont encourageants - au point de les pousser à redoubler de vigilance.
L'OPEECI monte au front
Aka Kadio Claude, président de l’OPEECI, considère désormais la « puff » comme un fléau contre lequel le monde éducatif doit lutter farouchement.
Aka Kadio Claude, président de l'Organisation des Parents d'Élèves et Étudiants de Côte d'Ivoire (OPEECI), mesure, lui aussi, le chemin parcouru - dans les consciences, comme dans les ravages. « Au départ, je n'imaginais pas que cela pouvait être aussi dangereux.
Comme beaucoup, je pensais qu'il s'agissait simplement d'une variante de la cigarette classique. Aujourd'hui, les informations qui nous parviennent confirment que la cigarette électronique avec de la nicotine présente des risques réels pour la santé », déplore-t-il.
L'OPEECI qualifie désormais le phénomène de « fléau » - au même titre que les grossesses en milieu scolaire, l'alcool ou la drogue dure.
Des enquêtes de terrain, des collaborations avec des psychologues, des saisines des autorités éducatives : le combat est lancé. La prise de conscience, enfin, advient.
La parole du médecin : ce que le nuage cache
Le Dr Diaw Aliou, pneumologue et allergologue, spécialiste du tabagisme, sait ce que les parfums de fraise et de mangue dissimulent.
Sa thèse portait sur les habitudes tabagiques du personnel de santé. Il a consacré sa carrière à décortiquer ce que la fumée fait au corps.
Et ce qu'il dit ne laisse aucune place à l'ambiguïté. « La nicotine agit sur certains récepteurs du cerveau impliqués dans la mémoire, l'attention et l'apprentissage.
Elle vient perturber ces mécanismes en se fixant sur ces récepteurs, créant une forme de compétition avec les substances naturellement utilisées par l'organisme.
La capacité de concentration et d'apprentissage peut être altérée », révèle le pneumologue, avant de dénoncer une dépendance rapide et insidieuse de la nicotine chez l’adolescent
La cigarette électronique, insiste-t-il, n'est pas anodine. Elle est peut-être une alternative encadrée pour un fumeur adulte - mais elle constitue, pour un non-fumeur et, a fortiori, pour un adolescent, une porte d'entrée vers le tabagisme. Une porte qu'on pousse sans savoir qu'elle ne s'ouvre que dans un sens.
« Un jeune qui commence par vapoter peut basculer vers la cigarette classique, surtout lorsque l'accès au vaporisateur est limité. La cigarette traditionnelle devient alors plus accessible », note le médecin pneumologue en poste à la Polyclinique Farah à Marcory.
Il dénonce la banalisation parentale - ces pères et ces mères qui, voyant s'échapper de la bouche de leur enfant un nuage de vapeur parfumée, haussent les épaules : « C'est juste de la vapeur. » Non.
Ce sont du propylène glycol, des substances irritantes, des crises d'asthme en germe, des hypersensibilités accrues, des métaux lourds qui n'attendent que le temps pour faire leur œuvre.
« Les arômes masquent la réalité : la base addictive demeure la nicotine. À cause de la nicotine, le vapotage conduit directement au tabagisme », crève-t-il l’abcès. La sentence est sans appel. Elle ne souffre aucune nuance.
La stratégie commerciale : un crime en costume de fête
Pour comprendre comment une addiction se déguise en plaisir, il faut se rendre dans l'un des nombreux points de vente de « puffs » à Abidjan.
Au cœur du centre commercial Abidjan Mall, un stand joliment agencé propose vaporisateurs, recharges et produits dérivés.
Une commerciale, la trentaine, maîtrise son laïus. Elle est là pour vendre. Elle lâche, avec une désinvolture sidérante : « Ce n'est pas la nicotine qui est la plus dangereuse : ce sont surtout les substances issues de la combustion qui détruisent la santé. » Une phrase qui, dans la bouche d'une vendeuse devant un adolescent, vaut acquittement.
Le magasin a placardé des écriteaux : Strictement interdit aux moins de 18 ans. Mais aucun contrôle d'identité n'est exigé. Le message est là, visible - et pourtant invisible dans la pratique. L'éthique comme décor.
Pour mettre l'hypocrisie à nu, un adolescent est mandaté pour effectuer un test d'achat. Il appelle la boutique ‘’Smoke Cigare Shop’’ - une boutique de vente en ligne :
— « Bonsoir, êtes-vous ouverte ? Je voudrais venir acheter une ‘’puff’’. »
— « Oui, c'est ouvert. »
— « Le problème, c'est que je suis déjà sorti de la maison et je n'ai pas mes pièces d'identité. Est-ce que je peux venir prendre une ‘’puff’’ sans problème ? »
— « Hum... ça dépend de vous. Vous pouvez venir rapidement la récupérer si vous n'êtes pas loin et repartir. »
Aucune vérification d'âge. Aucun rappel de l'interdiction. Une tolérance implicite qui se résume en quatre mots : « ça dépend de vous ». C'est tout. Le mineur peut y aller.
Le docteur Samedi Djé Bi, directeur du Centre d'accueil de la Croix-Bleue de Côte d'Ivoire, alerte : la dépendance à la nicotine s'installe rapidement dans le cerveau en développement d'un adolescent, y causant des dégâts souvent irréversibles.
Le Docteur Samedi Djé Bi, Directeur du Centre d'accueil de la Croix-Bleue de Côte d'Ivoire, observe depuis le front de la prise en charge ce que les statistiques peinent à chiffrer : la dépendance à la « puff » a un visage humain.
Elle a des nuits sans sommeil, des mains qui tremblent, des esprits qui réclament. « Les jeunes se tournent davantage vers les cigarettes électroniques jetables appelées ‘’puff'’’, perçues comme modernes.
Ces produits sont attractifs grâce aux arômes sucrés, aux designs colorés, à leur facilité d'utilisation et à leur absence d'odeur », dénonce-t-il.
Il égrène les dégâts : dépendance à la nicotine qui s'installe en quelques semaines sur un cerveau encore en développement, pathologies respiratoires, inflammations, toux chronique, métaux lourds - plomb, nickel - dans l'organisme, troubles de l'attention, de la mémoire, de la concentration, désengagement scolaire, agressivité.
Son centre déploie un arsenal de réponses : sensibilisation, psychoéducation, accompagnement médical rigoureux, gestion du stress, tests urinaires mensuels, dispositif de prévention des rechutes. La guerre est longue. Les soldats, épuisés. Mais ils tiennent.
Le Dr Ernest Zotoua, Directeur Coordonnateur du Programme National de Lutte contre le Tabagisme, l'Alcoolisme, la Toxicomanie et les autres Addictions (PNLTA), dresse un constat sans complaisance. La loi N° 2019-676 du 23 juillet 2019 interdit la vente de tabac aux mineurs - mais la « puff », produit « nouveau et émergent », a pris de vitesse le législateur.
L'enquête mondiale sur le tabagisme en milieu scolaire (GYTS 2023) révèle que 5,2 % des jeunes ivoiriens (de 13 à 15 ans) consomment régulièrement des cigarettes électroniques : 6,3 % chez les garçons, 4,1 % chez les filles. Des chiffres jugés « très préoccupants » par les autorités sanitaires.
D’après le responsable de la PNLTA, l'industrie du tabac, elle, ne chôme pas. Sur les réseaux sociaux - principale source d'information des jeunes -, une publicité agressive présente ces produits comme quasi inoffensifs. Cette stratégie a un nom : l'ingérence de l'industrie du tabac, insiste-t-il. Elle a un objectif : protéger les profits au détriment de la santé publique.
Des contre-offensives existent : en 2025, 132 établissements secondaires ont reçu des conférences de sensibilisation. La loi anti-tabac est en cours de révision, annonce Dr Ernest Zotoua. La taxe sur le tabac a été augmentée en 2024. Mais la guerre n'est pas gagnée. Elle ne fait que commencer.
Le Dr Zotoua exhorte les parents à redoubler de vigilance - sur les objets ramenés à la maison, sur les fréquentations, sur l'usage d'Internet - car c'est souvent dans ces interstices du quotidien que la dépendance prend racine. Aux établissements scolaires, il adresse une injonction claire : inscrire dans leur règlement intérieur l'interdiction formelle de détenir ou de consommer toute substance psychoactive, et ne pas se limiter aux déclarations de principe - les sanctions doivent être réelles, dissuasives, appliquées sans faveur ni exception.
Le nuage est là. Il flotte au-dessus des cours de récréation, dans les ruelles d’Abidjan, sur les bancs des classes. Il sent la fraise, la mangue, le bonbon - et il dévore, en silence, l'avenir de nos enfants. La « puff » n'est pas une mode. C'est une épidémie silencieuse, habillée en jouet, distribuée comme une friandise à ceux dont le cerveau n'a pas fini de se construire.
Mais l'épidémie, la « puffidémie », n'est pas une fatalité. Chaque parent qui parle, chaque enseignant qui veille, chaque médecin qui alerte, chaque enfant qui résiste - est une digue contre le déluge. La Côte d'Ivoire a les ressources humaines, les institutions, la volonté politique pour gagner cette ‘‘guerre’’. Il ne manque qu'une chose : l'urgence d'agir. Maintenant. Avant que le prochain nuage ne se referme sur un autre enfant qui croyait, simplement, imiter ses amis.
Patrick KROU
Témoignage de Cissoko Baly, père de famille :
Cissoko Baly, père d'une adolescente prise dans les griffes de la « puff », mène avec elle un combat quotidien et éprouvant contre l'addiction.
« Franchement, je peux vous dire que c’est un vrai problème. En tant que parent, ça m’a vraiment surpris… même choqué.
Ma fille a aujourd’hui 18 ans, elle est en classe de Terminale. Depuis toute petite, c’était une élève brillante. À l’école primaire déjà, elle était toujours parmi les meilleurs. Au collège, pareil : sérieuse, disciplinée. En classe de Seconde, elle avait encore de très bons résultats, rien d’inquiétant.
C’est à partir de la classe de Première que j’ai commencé à voir un changement. Ses notes ont chuté progressivement. Au début, je pensais que c’était juste la difficulté des cours ou le stress. Mais en même temps, elle tombait souvent malade, elle se plaignait de fatigue, de malaises.
Un jour, le lycée m’a appelé : elle ne se sentait pas bien en pleine journée. Ils l’ont envoyée à l’hôpital. On a fait des examens… mais rien. Aucune maladie claire. C’est là que j’ai commencé à me poser beaucoup de questions.
Il faut aussi comprendre notre situation familiale. Je ne vis pas avec sa mère. Elle habite avec sa maman, qui est très stricte, très exigeante. Du coup, ma fille ne se confiait pas facilement à elle. Petit à petit, un fossé s’est créé.
Heureusement, elle a commencé à se rapprocher de ma compagne, que j’appelle sa “deuxième maman”. Elle a su gagner sa confiance, en étant douce, à l’écoute, sans la juger. C’est comme ça qu’on a commencé à comprendre ce qui se passait réellement.
Un jour, ma compagne m’a discrètement dit : “Regarde bien sa main…” J’ai demandé à ma fille d’ouvrir la main… et là, j’ai vu une « puff ».
Honnêtement, sur le moment, je ne comprenais même pas vraiment ce que c’était. Je lui ai demandé : “Mais ça, ça fait quoi ? Pourquoi tu prends ça ?” Elle m’a répondu comme si c’était normal. Comme si ce n’était rien.
Et c’est ça le vrai danger. Les jeunes aujourd’hui sont convaincus que ce n’est pas grave. On leur fait croire que ça ne contient pas vraiment de nicotine, que ce n’est pas dangereux, que ce n’est pas une drogue. Du coup, ils consomment sans se méfier.
En discutant avec elle, j’ai compris que ça avait commencé quand elle avait entre 16–17 ans, donc en classe de Première. À cette période, elle fréquentait un groupe d’amis qui, visiblement, consommaient aussi. Un professeur m’avait même signalé qu’elle traînait avec un groupe “un peu bizarre”. Et ça, je le dis clairement : c’est souvent comme ça que ça commence. Les fréquentations.
Le plus difficile pour nous, en tant que parents, c’est de reprendre le dessus. Parce qu’à cet âge-là, l’enfant écoute plus ses amis que sa famille. Tout ce que les camarades disent devient la vérité. On m’a conseillé une chose très importante : ne pas être trop dur. Même si ça fait mal. Même si ça choque. On m’a dit : “Sois proche d’elle. Sois complice. Parle avec elle sans la juger.”
Et c’est ce que j’essaie de faire. On discute beaucoup plus maintenant. On essaie de reconstruire la confiance. Ma compagne joue un rôle très important aussi.
Aujourd’hui, elle essaie de réduire. Mais il faut être honnête : ce n’est pas facile. Il y a des rechutes. C’est même très facile de rechuter avec ce genre de produit.
Moi, mon objectif, c’est simple : qu’elle termine ses études, qu’elle obtienne son bac, et surtout qu’elle arrive à sortir complètement de là. Parce que derrière quelque chose qui paraît “petit” comme la « puff » … il y a un vrai danger.
Ma fille était une élève affectée. J'ai été contraint de la retirer du Lycée d'Angré - établissement pratiquement gratuit - pour la réinscrire en classe de terminale au Groupe Scolaire Thanon Namanko – établissement semi-privé, espérant ainsi pouvoir garder un œil plus attentif sur elle. »
Propos recueillis par Patrick KROU
Dr Édoua Kassi Édoua David Samuel, Psychologue cognitiviste à l’Hôpital Militaire d’Abidjan (HMA) :
Derrière ses parfums fruités et son apparence inoffensive, la « puff » s’impose silencieusement dans les cours d’école et les soirées d’adolescents.
Produit tendance pour les uns, piège redoutable pour les autres, cette cigarette électronique jetable séduit une jeunesse encore en quête d’identité et de reconnaissance.
À l’Hôpital Militaire d’Abidjan (HMA), le psychologue cognitiviste Dr Édoua Kassi Édoua David Samuel tire la sonnette d’alarme.
Dans cet entretien, il décrypte les mécanismes psychologiques qui rendent les jeunes vulnérables et appelle parents, enseignants et société à ne pas détourner le regard face à ce phénomène inquiétant.
Dr Édouard Kassi Édouard David Samuel, psychologue cognitiviste, invite la population à désigner désormais les personnes dites « droguées » par le terme « usagers de stupéfiants ».
Dr Kassi, la ‘‘puff’’ est-elle aujourd’hui une réalité en milieu scolaire ?
Oui, la « puff » (cigarette électronique jetable) est bel et bien une réalité. On l’observe en milieu scolaire, mais aussi dans les rues, dans les cafés et dans différents lieux fréquentés par les jeunes.
Beaucoup d’adolescents vapotent ouvertement, notamment parce que ce produit est perçu comme moins dangereux et parfois moins strictement encadré que la cigarette classique. Cette perception contribue à banaliser son usage et à le rendre socialement plus acceptable.
Pourquoi les adolescents sont-ils particulièrement vulnérables face à ce type de produits ?
Cette question peut être analysée sous trois angles : psychologique, cognitif et social. Sur le plan du développement psychologique, selon le psychologue Erik Erikson, l’adolescence -généralement entre 12 et 18 ans -correspond à une période de crise identitaire. Le jeune se pose alors des questions fondamentales : Qui suis-je ? Que vais-je faire de ma vie ? Quelles sont mes valeurs ? Quel rôle vais-je jouer dans la société ?
C’est une période fragile où l’adolescent cherche à construire une identité cohérente. Cette quête le rend plus sensible aux influences extérieures.
Sur le plan cognitif, l’adolescent commence à développer la pensée abstraite et hypothético-déductive. Autrement dit, il devient capable de réfléchir de manière plus logique et théorique qu’un enfant. Cependant, son jugement reste encore en construction. Sa perception du risque est immature et il a tendance à minimiser les dangers.
La « puff » est souvent perçue comme un jeu -un effet de mode ou un produit « moins dangereux ». Pourtant, elle contient de la nicotine, une substance addictive. Qui dit nicotine dit risque de dépendance -et parfois passage vers d’autres conduites à risque.
Enfin, du point de vue social, la pression du groupe joue un rôle majeur. Dans un groupe d’adolescents, il existe un phénomène de conformité : le jeune veut appartenir au groupe et craint le rejet ou la moquerie.
S’il manque d’estime de soi, d’affirmation personnelle ou de soutien affectif familial, il devient plus vulnérable à l’influence de ses pairs. L’appartenance au groupe lui procure reconnaissance, valorisation et sentiment d’identité.
Comme l’a montré le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott, l’enfant peut parfois chercher à l’extérieur ce qu’il ne trouve pas dans son environnement familial.
Comment les jeunes filles entrent-elles dans la consommation de la « puff » ?
Nous recevons également des jeunes filles qui consomment la « puff ». Chez elles, l’initiation se fait souvent dans des contextes festifs : anniversaires en résidence, fêtes à la plage, petites soirées privées, bals ou fêtes de fin d’année, sorties en boîte de nuit.
Ces environnements combinent musique, alcool, faible supervision adulte et forte pression du groupe. Ce sont souvent dans ces espaces que l’expérimentation commence.
Pourquoi les filles en parlent-elles moins ?
Socialement, la consommation de ce type de produits est encore plus stigmatisée chez les filles que chez les garçons.
Par conséquent, elles ont davantage tendance à cacher leur consommation, à en parler moins ou à minimiser les faits. Le jugement social étant plus sévère à leur égard, cela rend le repérage beaucoup plus difficile pour les parents.
Comment reconnaître les signes d’alerte chez un élève ?
Plusieurs signaux peuvent alerter les parents ou le corps éducatif : isolement inhabituel, changement brutal de fréquentations, retards répétés après les cours, baisse des performances scolaires et discours banalisant la consommation de produits.
Concernant spécifiquement la « puff », certains indices doivent attirer l’attention : odeurs sucrées ou parfumées inhabituelles, vaporisation discrète ou banalisation du risque.
Contrairement à la cigarette classique, l’odeur de la « puff » est souvent agréable, ce qui trompe la vigilance.
Pourquoi préférez-vous parler d’« usagers de stupéfiants » plutôt que de « drogués » ?
En psychologie, nous faisons une distinction fondamentale entre la personne et son comportement.
Les termes « drogué » ou « toxicomane » sont stigmatisants. Ils réduisent l’individu à son problème. Nous parlons plutôt d’« usager de stupéfiants », car il s’agit d’un comportement et non d’une identité.
Un comportement peut évoluer ou disparaître. La personne ne se résume pas à son usage. La stigmatisation provoque souvent rejet, fermeture et rébellion. Or, un jeune en difficulté est avant tout une personne en souffrance, pas une étiquette.
Quelle différence existe-t-il entre dépendance et addiction ?
Les deux notions sont liées, mais elles ne correspondent pas au même niveau de gravité.
La dépendance correspond à un attachement à une substance, mais la personne peut encore s’en passer temporairement et la souffrance liée au manque reste modérée.
L’addiction, en revanche, implique une perte de contrôle. La personne ressent une incapacité à se retenir, une souffrance intense en cas de manque et peut adopter des comportements déviants pour obtenir la substance.
Dans ce cas, un véritable malaise physique et psychologique peut apparaître lors d’un arrêt brutal.
La prise en charge peut alors inclure un sevrage progressif, parfois accompagné d’un traitement ou d’un substitut prescrit par les psychiatres, tandis que les psychologues interviennent sur les aspects mentaux et comportementaux.
Comment se fait la prise en charge à l’Hôpital Militaire d’Abidjan (HMA) ?
Au service de psychiatrie et d’hygiène mentale de HMA, le patient est d’abord accueilli par le service administratif, qui ouvre un dossier. Les consultations sont accessibles à un tarif social d’environ 5000 FCFA.
Ensuite vient la phase d’évaluation clinique comprenant : des entretiens cliniques, des tests psychologiques, l’évaluation de l’estime de soi, l’analyse de l’environnement familial, l’étude de la résilience et de l’affirmation de soi et des tests de personnalité
La prise en charge est pluridisciplinaire, impliquant psychologues, psychiatres et assistants sociaux.
Nous travaillons à partir des forces du jeune afin de transformer ses faiblesses en ressources. Si nécessaire, une intervention peut également être réalisée dans le milieu familial afin de comprendre les influences réelles.
En quoi consiste l’accompagnement psychologique ?
L’accompagnement psychologique repose sur plusieurs axes : le renforcement de l’estime de soi, le travail sur les représentations mentales, le développement de l’affirmation de soi, la prévention des rechutes et le développement de la résilience.
Nous proposons également une psychoéducation parentale, qui consiste à expliquer aux parents le profil psychologique de leur enfant et à leur donner des conseils sur les attitudes éducatives à adopter.
Quel rôle l’école doit-elle jouer ?
L’école représente une figure d’autorité au même titre que les parents.
Les enseignants doivent adopter une posture empathique et éviter toute forme de stigmatisation. Il est important de considérer l’adolescent avant tout comme un jeune en difficulté.
Ils doivent également être attentifs à la dynamique des groupes restreints dans les classes ou dans l’établissement. En psychologie sociale, une classe est souvent structurée en sous-groupes qui peuvent exercer une influence importante sur les autres élèves.
Quel rôle les parents doivent-ils jouer ?
Les parents doivent adopter les cinq attitudes essentielles suivantes :
1-Privilégier une approche gagnant-gagnant : il ne s’agit pas de combattre l’enfant, mais de l’aider à faire de meilleurs choix ;
2-Éviter les jugements et les insultes : on critique l’acte, jamais la personne ;
S’intéresser sincèrement aux centres d’intérêt de l’enfant : musique, actualités, amis, tendances ;
3-Instaurer un dialogue progressif : commencer par des sujets généraux avant d’aborder les questions sensibles ;
4-Faire preuve d’empathie : l’empathie ouvre la voie au dialogue, alors que le bras de fer crée la résistance, la rébellion.
5-Il faut également comprendre que la rechute fait partie du processus. Elle ne doit pas être dramatisée, mais accompagnée.
Que doivent faire les parents face aux contextes festifs où les jeunes peuvent être exposés ?
Les parents doivent anticiper. Avant un événement festif (kermesses, bals de fin, etc.), il est important de rappeler les limites et d’aborder les risques sans dramatiser.
Il faut aussi proposer des alternatives attractives : sport, activités artistiques, projets personnels ou sorties encadrées.
Lorsque l’adolescent trouve du plaisir et de la valorisation dans d’autres activités, les environnements à risque perdent souvent de leur attrait.
Les parents doivent aussi rester attentifs aux signaux faibles, notamment les préférences pour certains parfums de « puff », souvent présentés comme des produits attractifs.
Quel message souhaiteriez-vous adresser aux parents ?
Je leur demande de ne pas se laisser absorber uniquement par le travail et de créer des moments de proximité avec leurs enfants : jeux, sorties, activités communes.
Les parents doivent devenir des figures d’attachement sécurisantes, capables d’écouter sans juger.
En psychologie, on dit souvent qu’être parent est un métier. Cela demande parfois un accompagnement.
Consulter un psychologue ne signifie pas être « fou ». C’est simplement chercher des outils pour mieux comprendre son enfant.
Le combat permanent entre parents et enfants mène souvent à l’adversité, à l’épuisement et à l’abandon.
À l’inverse, l’acceptation favorise le dialogue, le dialogue favorise la compréhension et la compréhension favorise le changement.
Les parents doivent rester des figures d’attachement sécurisantes, surtout durant cette période essentielle de construction identitaire.
Réalisé par Patrick KROU
Encadré I :
La « puff », c'est quoi exactement ?
Vue d’une « puff » avec ses différentes composantes représentées sur un croquis.
Derrière son design coloré et ses arômes séduisants se cache un dispositif aussi simple que redoutable. La « puff » -contraction de puff bar -est une cigarette électronique jetable, pré-remplie d'e-liquide, prête à l'emploi dès sa sortie d'emballage.
Contrairement aux cigarettes rechargeables, elle est conçue pour être utilisée jusqu'à épuisement complet, puis jetée -sans recharge, sans entretien, sans complexité.
Sa composition : une batterie lithium-ion intégrée, une résistance chauffante, un réservoir contenant eau, glycérine végétale, propylène glycol, arômes -et selon les produits, de la nicotine.
Ce qui la distingue, c'est sa simplicité déconcertante : ultra-compacte, elle tient dans la paume d'une main, se glisse dans une poche, se consomme sans apprentissage.
On peut en transporter plusieurs, avec des goûts différents, et alterner les saveurs -un argument marketing particulièrement efficace auprès des adolescents.
Il convient cependant de distinguer deux réalités : la « puff » sans nicotine, dont le danger est limité en l'absence d'allergie, et la « puff » nicotinée, dont les effets sur un organisme jeune en développement peuvent être profondément et durablement dévastateurs.
Patrick KROU
Encadré II :
La « puff », une bombe à retardement pour l'environnement
Ce que la « puff » offre en séduction, elle le facture à la planète en dommages silencieux mais considérables. Chaque dispositif jeté contient une batterie au lithium-ion et du plastique : deux matériaux dont l'impact environnemental est majeur.
L'extraction du lithium contamine les sols et les nappes phréatiques. Le plastique se décompose sur plusieurs centaines d'années, libérant progressivement des microplastiques dans les sols, les océans et la chaîne alimentaire.
Recycler une « puff » relève du défi technique : sa petite taille et la complexité de sa composition imposent une séparation minutieuse des matériaux, qui requiert des technologies spécifiques rarement disponibles, surtout dans les pays en développement.
La grande majorité de ces dispositifs finissent à la poubelle — ou abandonnés dans la nature. Un déchet doublement toxique, pour l'homme et pour la planète.
Patrick KROU
La « puff » non rechargeable ? Les adolescents contournent l'interdit
Alain O., 16 ans, affirme avoir trouvé le moyen de recharger une « puff » soi-disant non rechargeable : démonter l'appareil, manipuler la batterie avec des fils électriques récupérés sur un chargeur. L'opération provoque un échauffement de l'appareil. Les risques sont réels : surchauffe, court-circuit, brûlure, explosion. Malgré cela, certains adolescents expérimentent ces méthodes pour prolonger l'usage de leurs cigarettes jetables. L'ingéniosité au service de l'addiction.
Encadré III
La « puff », une bombe à retardement pour l'environnement
Ce que la « puff » offre en séduction, elle le facture à la planète en dommages silencieux mais considérables. Chaque dispositif jeté contient une batterie au lithium-ion et du plastique : deux matériaux dont l'impact environnemental est majeur.
L'extraction du lithium contamine les sols et les nappes phréatiques. Le plastique se décompose sur plusieurs centaines d'années, libérant progressivement des microplastiques dans les sols, les océans et la chaîne alimentaire.
Recycler une « puff » relève du défi technique : sa petite taille et la complexité de sa composition imposent une séparation minutieuse des matériaux, qui requiert des technologies spécifiques rarement disponibles, surtout dans les pays en développement. La grande majorité de ces dispositifs finissent à la poubelle — ou abandonnés dans la nature. Un déchet doublement toxique, pour l'homme et pour la planète.
Patrick KROU
