Mort d’Angelo Papa, Jeepy, son ami d’enfance : « Lauzoua réclame des funérailles nationales pour son fils. »
Mort d’Angelo Papa, Jeepy, son ami d’enfance : « Lauzoua réclame des funérailles nationales pour son fils. »
Le décès d’Angelo Papa, icône du Youssoumba et fils emblématique de Lauzoua, plonge tout un village dans le deuil. Son compagnon de toujours, Ahoussou Grah Jean-Paul alias Jeepy la Star - lead du groupe Acapello, réclame des funérailles nationales pour celui qui a porté la culture ivoirienne au-delà des frontières.
Ce mercredi 3 décembre 2025, la Côte d’Ivoire a appris le décès de Douka N’Guessan Ange, alias Angelo Papa, terrassé par un cancer qu’il combattait depuis plus d’un an. Vous, Jeepy la Star, lead du groupe Acapello, comment avez-vous appris la nouvelle depuis le village de Lauzoua, dont est originaire l’artiste ?
J’ai appris la triste nouvelle par mon vieux-père, qui vit à Paris. Il a été le premier à m’appeler. Il m’a dit : « Regarde sur les réseaux sociaux, ils ont publié les photos d’Angelo… ». Quand je me suis connecté, j’ai vu les images et j’ai tout de suite compris qu’il était vraiment décédé. La nouvelle a ensuite été confirmée par ma grande sœur, qui vit à Londres.
Je suis profondément triste, parce que nous avons commencé notre carrière ensemble. Je suis le père fondateur du groupe Acapello. À l’origine, le groupe s’appelait Aboutou : nous étions 22, c’était une chorale qui ne comptait que deux filles — dont l’une est malheureusement décédée. Au tout début, nous nous appelions Côtières Ambiance de Lauzoua, parrainés par l’ancien ministre Zirimba Aka Marcel, alors membre du gouvernement du Président Robert Guéi (aujourd’hui directeur de cabinet au Conseil Constitutionnel). Je me souviens qu’il nous avait fait imprimer cent tee-shirts.
Nous avons commencé à prester à Fresco, Sassandra, Abidjan… C’est là que le rythme Youssoumba est né, et qu’il a commencé à s’imposer. Notre première grande sortie officielle fut à Abidjan, invités par Serges Kassy, lors d’un tournoi organisé par le club Mimosas SIFCOM pour recruter des joueurs locaux à Port-Bouët. À cette époque, nous vivions à Locodjoro, à Yopougon, chez des parents d’origine dida.
Après le tournoi, nous avons été contactés pour participer au concours Café Wôyô, organisé par Marc Lenoir entre 1993 et 1994. Nous avons terminé deuxièmes, juste derrière Magic System.
Angelo Papa était mon ami d’enfance. Nous allions pêcher ensemble. C’était mon compagnon de pêche. C’est d’ailleurs lors d’une partie de pêche que nous avons composé l’une de ses chansons. Aujourd’hui, je suis perdu…
Comment le village a-t-il accueilli la nouvelle ?
Tout le village est tombé dans la tristesse. Mais comme tout le monde n’est pas sur les réseaux sociaux, l’information ne s’est pas diffusée immédiatement. On essaie de prévenir les familles comme on peut.
Ici, Angelo Papa est une figure emblématique des trois villages. Ce n’est pas une seule famille qui est abattue : c’est tout Lauzoua. Les gens pleurent dans les cours. Les jeunes se mobilisent pour lui rendre hommage en chantant et en dansant.
Même si certains le minimisent à Abidjan, ce n’est pas le cas ici. Le groupe Aboutou Roots est adulé. Quand on dit qu’ils arrivent au village, c’est toute la communauté de Lauzoua, Gbassépé et Zôkos qui se mobilise.
Quelle assistance le village a-t-il apportée durant sa maladie ?
Toute la communauté était en prière. Angelo Papa est un grand nom ici. Ce n’est pas une question d’argent, mais de reconnaissance envers un fils du village.
Depuis que nous avons appris sa maladie, on organisait des messes, des prières dans les églises et les temples. On demandait un miracle.
Son dernier passage au village remonte à août 2024. Il est venu avec son frère et ils ont donné un spectacle. Ils ont mis la joie partout. Tout le monde était heureux. Et aujourd’hui, nous apprenons qu’il nous a quittés…
Quel hommage souhaitez-vous que la Côte d’Ivoire lui rende ?
Je demande au gouvernement de rendre un hommage digne à Angelo Papa en organisant ses obsèques dans son village natal de Lauzoua. Ce n’est pas quelqu’un qu’on doit enterrer loin des siens.
Il est mort loin de son village, et ses frères et sœurs veulent le voir une dernière fois pour l’accompagner dans sa dernière demeure. Nous voulons qu’il revienne ici, même dans son cercueil.
Que l’État prenne ses funérailles en main.
Avec Aboutou Roots, Angelo Papa a été un véritable ambassadeur de la culture ivoirienne. Il a fait briller notre musique à l’étranger. Il ne faudrait pas qu’on l’oublie.
L’État doit être reconnaissant envers Angelo Papa pour tout ce qu’il a apporté à la Côte d’Ivoire.
Par ma voix, la jeunesse de Lauzoua demande à Apoutchou National et Ablo Jaguar de tout mettre en œuvre pour ramener le corps d'Angelo Papa sur sa terre natale.
Réalisé par Patrick KROU
