Grand Ouragahio : Malgré le prix du cacao à 2 800 FCFA, les planteurs peinent toujours à être payés

Grand Ouragahio : Malgré le prix du cacao à 2 800 FCFA, les planteurs peinent toujours à être payés

02/11/2025 - 17:15
Grand Ouragahio : Malgré le prix du cacao à 2 800 FCFA, les planteurs peinent toujours à être payés
Grand Ouragahio : Malgré le prix du cacao à 2 800 FCFA, les planteurs peinent toujours à être payés

Annoncé comme une victoire pour les producteurs, le prix bord champ du cacao fixé à 2 800 FCFA le kilogramme peine à produire les effets escomptés sur le terrain. À Grand Ouragahio, dans la région du Gôh, de nombreux planteurs dénoncent des retards de paiement qui les plongent dans une situation financière difficile.

Des planteurs dans l’attente

Sous un soleil brûlant, les sacs de cacao s’amoncellent devant les coopératives du centre de Grand Ouragahio. Koffi Yao, producteur depuis plus de vingt ans, contemple ses fèves déjà livrées depuis plusieurs semaines.

« On nous a dit que cette année serait meilleure, mais depuis que j’ai vendu mes 600 kilos, je n’ai rien reçu », confie-t-il, l’air las. « Les enfants doivent aller à l’école, il faut acheter les engrais et entretenir la plantation. Sans argent, comment faire ? »

Son témoignage est loin d’être isolé. Partout dans la localité, les planteurs racontent la même histoire : des ventes validées, mais des paiements qui tardent à arriver. Certains attendent depuis deux à trois semaines, d’autres depuis plus d’un mois.

Les coopératives face à un manque de liquidités

Les coopératives, maillon essentiel entre producteurs et exportateurs, se disent elles aussi dépassées par la situation.

« Nous recevons les fèves, mais les fonds pour payer les producteurs n’arrivent pas toujours à temps », explique Kouadio K. Paul, président d’une coopérative locale. « Les exportateurs attendent parfois les virements de leurs partenaires étrangers avant de nous régler. Cela bloque toute la chaîne. »

Selon plusieurs responsables de coopératives, le problème viendrait principalement du manque de liquidités dans les circuits d’achat, combiné à la lenteur des transferts bancaires entre Abidjan et l’intérieur du pays.

Résultat : malgré un prix officiel élevé et encourageant, les producteurs restent les derniers à toucher leur part.

Un cacao qui ne rapporte pas immédiatement

Dans la région du Gôh, le cacao représente la principale source de revenus de milliers de familles. Grand Ouragahio est reconnue pour la qualité de sa production et sa contribution à l’économie cacaoyère nationale est significative.

Mais sur le terrain, le contraste est frappant : les planteurs vivent parfois dans la précarité, en attendant un argent qui se fait désirer.

« Le prix peut être bon, mais si l’argent n’arrive pas, ça ne change rien à notre vie », déplore Ahou Rosine, productrice à Zikisso. « On continue de souffrir malgré tous nos efforts. »

. Pour certains observateurs, la hausse du prix du cacao n’est qu’une solution partielle si les mécanismes de paiement ne sont pas renforcés. Les producteurs demandent donc une intervention rapide du Conseil Café-Cacao et des institutions bancaires locales afin d’assurer la fluidité des transactions.

Des appels à plus de transparence

Les planteurs réclament également plus de transparence dans la gestion des fonds et la communication entre les différents acteurs de la filière.

« On nous parle souvent du prix officiel, mais on ne comprend pas toujours comment l’argent circule », explique un jeune producteur. « Ce qu’on veut, c’est être payés à temps et savoir à qui s’adresser quand il y a un problème. »

Certains syndicats agricoles envisagent d’organiser des réunions de sensibilisation pour aider les planteurs à mieux comprendre le processus d’achat et à défendre leurs droits.

Un “or brun” encore plein de défis

Malgré les difficultés, les producteurs de Grand Ouragahio gardent espoir. Le cacao, surnommé « l’or brun », reste pour eux la fierté et la richesse de la région. Mais beaucoup estiment que le vrai changement viendra quand la filière sera plus juste et plus efficace.

« Nous ne demandons pas l’impossible, juste à être payés pour notre travail », conclut Koffi Yao, les yeux tournés vers sa plantation.

La fixation du prix du cacao à 2 800 FCFA a apporté de l’espoir, mais aussi de nouvelles attentes. À Grand Ouragahio, comme dans d’autres zones productrices, le vrai défi reste la rapidité et la transparence des paiements. Tant que ces problèmes persisteront, les planteurs continueront de vivre dans l’incertitude, malgré la richesse qu’ils produisent pour la nation.

DJACK ZOLA