Cancers féminins : Quand les habitudes de vie pèsent sur la santé du sein et du col de l’utérus
Cancers féminins : Quand les habitudes de vie pèsent sur la santé du sein et du col de l’utérus
Les cancers du sein et du col de l’utérus représentent aujourd’hui l’un des plus grands défis sanitaires en Côte d’Ivoire.
Un fardeau de santé publique en pleine croissance
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le cancer du sein est devenu le cancer le plus diagnostiqué chez les femmes ivoiriennes, avec environ 4 000 nouveaux cas chaque année.
Quant au cancer du col de l’utérus, il demeure l’un des plus meurtriers, causant près de 3 000 décès annuels.
Ces chiffres traduisent l’urgence de renforcer la prévention et de mieux informer les populations. « La prévention doit absolument intégrer les facteurs de risque comportementaux qui modifient de façon significative l’épidémiologie du cancer dans notre pays », insiste le Dr Abdul Hassan Sangaré, oncologue au CHU de Cocody.
Tabac et alcool : des pratiques à haut risque
En Côte d’Ivoire, la consommation de tabac chez les femmes reste relativement faible (moins de 5%), mais tend à augmenter chez les jeunes urbaines.
Le tabac favorise la persistance du papillomavirus humain (HPV), principale cause du cancer du col de l’utérus, et accroît le risque de cancer du sein.
L’alcool, qu’il s’agisse du sobolo, du tchapalo ou des boissons industrielles, représente également un facteur aggravant. Même une consommation modérée augmente le risque de cancer du sein. D’où la nécessité de renforcer la sensibilisation, particulièrement auprès des femmes.
Alimentation, activité physique et sédentarité
L’alimentation ivoirienne est en pleine mutation. Si la cuisine traditionnelle reste saine, la montée en puissance des produits transformés, sucrés et gras entraîne une hausse de l’obésité. Près de 20% des femmes ivoiriennes sont en surpoids ou obèses, ce qui accroît le risque de cancer du sein, surtout après la ménopause.
La sédentarité en milieu urbain accentue encore cette tendance. « Beaucoup de femmes ignorent l’impact de leur alimentation et de leur poids sur le cancer. Il est urgent d’intensifier la communication sur la nécessité d’une alimentation équilibrée et de promouvoir les activités physiques », alerte Pépé Sophie, présidente de l’ONG La Porte de la Nouvelle Espérance.
Habitudes sexuelles et prévention du cancer du col
Le cancer du col de l’utérus reste principalement lié au HPV. L’âge précoce des premiers rapports sexuels, la multiplicité des partenaires et la faible utilisation du préservatif constituent des facteurs de risque.
Pourtant, moins de 10% des femmes de 30 à 49 ans ont réalisé un dépistage au cours des trois dernières années et la vaccination anti-HPV reste insuffisante.
L’action de l’ONG La Porte de la Nouvelle Espérance
Créée en 2016, l’ONG La Porte de la Nouvelle Espérance (PNE), présidée par Pépé Sophie, mène un combat acharné contre les cancers féminins à travers des campagnes de sensibilisation et de dépistage partout en Côte d’Ivoire.
Le 24 août 2024 à Bouaké, en partenariat avec l’assurance GNA-CI, elle a organisé une vaste opération de sensibilisation et de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus. Plus de 200 femmes ont pu bénéficier gratuitement de consultations et d’examens.
« L’état des lieux du cancer en Côte d’Ivoire est dramatique : quatre femmes meurent chaque jour du cancer du sein et, dans le monde, une femme décède toutes les douze minutes du cancer du col. Mais le cancer peut être guéri, à condition qu’il soit détecté très tôt », a rappelé Pépé Sophie.
Le Directeur général de GNA-CI, Romuald Kouassi, a pour sa part souligné l’importance de ces initiatives de proximité : « En soutenant l’ONG La Porte de la Nouvelle Espérance et en encourageant le dépistage, nous voulons contribuer à renforcer la santé des femmes ».
Vers une stratégie nationale renforcée
Les comportements à risque – tabac, alcool, mauvaise alimentation, sédentarité et habitudes sexuelles – ne s’additionnent pas, ils se renforcent mutuellement. Leur combinaison accroît le risque de cancer, d’où la nécessité d’une mobilisation multisectorielle.
ONG, autorités sanitaires, leaders communautaires et médias doivent conjuguer leurs efforts pour intensifier l’éducation à la santé, élargir le dépistage précoce, promouvoir la vaccination contre le HPV et soutenir l’adoption de modes de vie sains.
« Agir dès aujourd’hui permettra de sauver des milliers de vies demain, en protégeant la santé des femmes ivoiriennes », conclut le Dr Sangaré.
WK
