4e édition de « Almighty Day / Naftaly, parrain artistique : « Almighty a existé utile. C’est à nous de faire vivre son héritage »

4e édition de « Almighty Day /Naftaly, parrain artistique : « Almighty a existé utile. C’est à nous de faire vivre son héritage »

08/08/2025 - 12:39
4e édition de « Almighty Day / Naftaly, parrain artistique :  « Almighty a existé utile. C’est à nous de faire vivre son héritage »
4e édition de « Almighty Day / Naftaly, parrain artistique : « Almighty a existé utile. C’est à nous de faire vivre son héritage »
4e édition de « Almighty Day / Naftaly, parrain artistique :  « Almighty a existé utile. C’est à nous de faire vivre son héritage »
4e édition de « Almighty Day / Naftaly, parrain artistique :  « Almighty a existé utile. C’est à nous de faire vivre son héritage »
4e édition de « Almighty Day / Naftaly, parrain artistique :  « Almighty a existé utile. C’est à nous de faire vivre son héritage »

Parrain de la 4e édition de l’Almighty Day, organisée ce samedi 9 août 2025 à l’espace AZK de Cocody Blockhauss, l’artiste chanteur, arrangeur et animateur Naftaly revient sur son lien personnel avec Almighty, l’un des figures emblématiques du hip-hop ivoirien disparu en 2014.

Dans cet entretien sans langue de bois, il évoque ses souvenirs, alerte sur les dérives des clashs actuels dans le rap ivoire, et invite la jeune génération à transformer leur influence en moteur de conscience.

Infodirecte.net: Vous êtes le parrain de cette cérémonie en hommage à Almighty. Quel souvenir gardez-vous de lui, disparu en 2014 ?

Naftaly : Je garde de très beaux souvenirs. L’album qui l’a révélé, ‘’Le Dieu du Swing’’, j’ai travaillé dessus avec lui en studio. Et au-delà de la musique, nous étions proches bien avant cet album.
On avait des projets ensemble, notamment celui de créer un mouvement fort pour le hip-hop ivoirien. Almighty, c’était quelqu’un de visionnaire, avec de vrais rêves pour le mouvement. Il avait une vraie volonté de faire avancer le hip-hop. Ça ne m’a donc pas surpris de voir jusqu’où il est allé.

Infodirecte.net : Pourquoi avez-vous accepté de parrainer ce festival ?

Naftaly : En réalité, je pense que c’est nous, ses aînés, qui devions organiser ce genre d’hommage. Alors, quand des jeunes prennent cette initiative, notre devoir, c’est de les accompagner.
On ne devrait pas juste être parrains, mais s’impliquer du début à la fin. On doit soutenir et faire vivre l’héritage qu’Almighty a laissé.

Infodirecte.net : Sur l'affiche, on voit que le groupe Garba 50 y est invité. Qu’avez-vous ressenti en apprenant sa participation ?

Naftaly : Garba 50, c’est le début de ce qu’on appelle aujourd’hui le rap ivoire. Qu’on le reconnaisse ou non, c’est une réalité.
Ce n’est pas parce que tu ne reconnais pas tes parents qu’ils ne sont pas tes parents. Ga
rba, c’est un pionnier, l’épine dorsale du mouvement. Le fait qu’il soit à l’affiche, c’est une vraie reconnaissance de ce qu’Almighty a accompli.

Infodirecte.net : Almighty était rappeur, vous êtes aujourd’hui plus orienté vers le reggae. Quel souvenir gardez-vous de la période "Almighty vs Stezo" en 1993 à 1996 ?

Naftaly : À cette époque, il y avait deux lectures. Pour nous, artistes, c’était un challenge artistique, un jeu de scène.
Mais certains fans ont mal interprété cela. Un peu comme les rivalités actuelles entre fans de Didi B et
Himra. C’est allé trop loin verbalement.
En réalité, Almighty et Stezo étaient proches. En dehors de la scène, on était tous frères, unis pour faire avancer le hip-hop à travers des défis artistiques, pas dans la haine.

Infodirecte.net : Que diriez-vous aux jeunes qui vivent aujourd’hui des clashs similaires dans le rap ivoirien ?

Naftaly : Ce n’est pas nouveau. Ça a existé, et on doit tirer des leçons du passé. Nous, on a vu les conséquences : de petites haines entre artistes, entre fans…
Les jeunes doivent s’informer sur l’histoire du mouvement auquel ils appartiennent. Il faut créer de la concurrence, oui, mais saine, avec du respect. Qu'on reste dans l’engouement artistique, pas dans l’animosité.

Infodirecte.net : Pourquoi les aînés ne s’expriment-ils pas plus pour apaiser les tensions ?

Naftaly : Parce qu’à chaque époque, ses acteurs. Ce n’est pas à nous de leur donner des leçons comme si notre époque était meilleure.
Mais à chaque fois qu’on a l’occasion, on
leur parle. On dit : « Restez dans l’artistique. Ne tombez pas dans la haine. »
On n’a pas besoin d’écrire des lettres. On transmet le message dès qu’on est en contact avec les jeunes.

Infodirecte.net : En tant que figure de proue du domaine musical, quel regard portez-vous sur le rap ivoire aujourd’hui ?

Naftaly : Je viens d’une autre époque. Et je n’aime pas le discours condescendant du genre « c’était mieux avant ».
Mais en bon observateur, je remarque qu’à notre époque, on passait des messages. On utilisait le rap pour élever les consciences, pour éveiller la jeunesse.
Aujourd’hui, le rap est devenu plus égotiste. Le message social a perdu de la place au profit de l’image. Je le constate, sans juger.

Infodirecte.net : Où étiez-vous lorsque vous avez appris le décès d’Almighty en 2014 ?

Naftaly : J’étais à Abidjan. On s’était parlé deux semaines avant. Il préparait un événement hip-hop pour encadrer les jeunes. Il devait nous recontacter.

Et puis, j’ai reçu un appel d’une de ses proches… Je me dis que c’était moment qu’on attendait pour démarrer le projet, alors que c’était pour me dire que le frère était ‘’parti’’.

Mais j’ai un rapport particulier à la mort. Je ne suis pas attristé. Pour moi, la mort, c’est la suite logique de la vie. Ce ne sera une perte que si on ne valorise pas ce qu’il a laissé. Mais s’il a existé utile, alors ce n’est pas une perte.

Infodirecte.net : Quel est votre message à l’attention de la jeune génération, aux artistes d’aujourd’hui ?

Naftaly : Le game, c’est bien. Mais le vrai pouvoir qu’ils ont, c’est celui d’influencer la jeunesse. Ils peuvent en faire un levier d’intelligence, de progrès, de réflexion. Qu’ils utilisent cette force à bon escient.

 

Réalisé par Patrick KROU