Abidjan Jazz Fusion -Acte 2 : Quand le saxophone épouse le pinceau
Abidjan Jazz Fusion -Acte 2 : Quand le saxophone épouse le pinceau
Pour sa deuxième édition, « La Rotonde Jazz Days » a réuni, le 30 avril 2026, artistes visuels et musiciens de jazz sous le même toit de La Rotonde des Arts Contemporains, au Plateau.
Une soirée placée sous le signe du dialogue intergénérationnel et de la fusion des arts, à l'occasion de la Journée internationale du jazz de l'UNESCO.
Le trio The Spiritus Elevate enflamme la scène de La Rotonde des Arts Contemporains, le 30 avril 2026, au rythme d'une improvisation jazz qui a tenu le public en haleine jusqu'à tard dans la nuit.
La 2e édition de « La Rotonde Jazz Days » s'est ouverte ce jeudi 30 avril 2026, dans les locaux de La Rotonde des Arts Contemporains, à la Plaza Nour Al Hayat à Abidjan-Plateau, pour célébrer la 15e Journée internationale du jazz, initiée par l'UNESCO. Après le succès de la première édition
— l'’’Abidjan Jazz Fusion Arts Festival’’ — en décembre 2024, le Prof. Yacouba Konaté, directeur de la galerie et directeur artistique, et Moussa Diomandé de DMND PROD, producteur exécutif, ont remis le couvert.
Pour le Prof. Konaté, l'objectif est clair : tisser une fusion entre les arts visuels et la musique, en soulignant leur complémentarité naturelle.
Mais ce qui lui tient le plus à cœur, c'est le dialogue intergénérationnel
— promouvoir les échanges entre jeunes artistes et figures établies, comme feu Christian Lattier et Jems Koko Bi, pour transmettre un héritage culturel vivant. « En apprenant à connaître ces artistes, les jeunes disposeront des ressources nécessaires pour avancer.
Le jazz a longtemps été une expression culturelle de premier plan : il a permis de faire valoir l'humanité des personnes noires à une époque où elle était souvent niée.
Ce filon, nous voulons le revisiter et prendre les jeunes à témoin pour construire quelque chose de fort », a clarifié le philosophe-curateur.
Quand la musicologie rencontre le pinceau
Dr Koné Bassirima, enseignant-chercheur à l'Université Félix Houphouët-Boigny, a salué le génie des initiateurs d'avoir uni jazz et arts visuels dans un même espace.
« Cette fusion créative est tout simplement remarquable. Elle démontre qu'il n'existe pas de frontières entre les arts visuels et les arts de la scène.
En réalité, les arts ne font qu'un », a commenté le musicologue, appelant à multiplier ce type d'initiatives pour favoriser la croissance des artistes et la sensibilisation du public.
Le collectif Wôwô Extra, fort de sept membres — dont cinq ont participé à une performance sur place — n'a pas boudé son plaisir.
Au nom du groupe, Tano Dominick, artiste peintre connu sous le pseudonyme de Tada Véli IV, a détaillé la fresque réalisée pour l'occasion. « Nous avons créé un personnage portant un masque africain, symbole des origines du jazz.
Ce personnage est incarné à travers un masque africain et un saxophone, représentant l'essence même du jazz. Nous avons utilisé le bleu, qui évoque la sagesse et le calme, et le jaune, qui symbolise la richesse de notre culture.
Le motif s'inspire du cacao de Côte d'Ivoire, ajoutant une touche résolument locale à notre œuvre », a-t-il expliqué. Sur la fusion jazz et arts visuels, Tada Véli IV est catégorique : « C'est non seulement possible, mais essentiel. Le jazz dépasse les simples notes ; il exige une compréhension de la drummologie
— l'étude des tambours selon le Prof. Niangoran Bouah
— et de la sémiologie du son. En associant ces deux univers, on crée une expérience vraiment enrichissante. » Des mots qui sonnent juste, venant de ce plasticien titulaire d'un Master 2 en arts plastiques de l'ESAPAD, à l'INSAAC d'Abidjan.
Quatre membres du collectif Wôwô Extra livrent leur performance picturale en direct. Une fresque née au rythme du jazz, où le bleu de la sagesse et le jaune de la culture ivoirienne se mêlent pour raconter les origines d'une musique qui a changé le monde.
La scène prend feu
L'Orchestre Harmonie du Plateau, créé en 1987, a ouvert la soirée avec un set mêlant jazz, soul et rythmes africains, transportant le public de James Brown à Miriam Makeba en un seul souffle.
C'est à 21h26 que retentissent les premières notes de charleston du batteur, lançant officiellement le festival. Pour cette deuxième édition, la production a reconduit le trio « The Spiritus Elevate » : Johann à la basse, Joël à la batterie et Roger au piano.
Têtes d'affiche de la soirée, les trois musiciens ont communié avec le public à travers un set mêlant improvisation et reprises de tubes mythiques
— Waiting in Vain de Bob Marley, Monouho de Bailly Spinto —, provoquant des applaudissements nourris dans une salle conquise. Parmi les spectateurs, le consul honoraire des Seychelles à Abidjan, Prosper Tchouambe.
Mais dès 19h30, la première partie avait déjà mis la barre haut. L'Orchestre Harmonie du Plateau, créé en 1987, a ouvert le bal avec ses douze membres — chanteurs et musiciens — enchaînant douze titres issus de répertoires nationaux et internationaux : ‘’Birdland’’, ‘’All of Me’’, ‘’Chanchan’’ du Buena Vista Social Club, ‘’Malaïka’’ de Miriam Makeba, ‘’Celebration’’ de Kool & The Gang, ‘’Djawalé’’ de feu Ruth Tondey, ‘’C'est la vie’’ d'Henri Dikongué, ‘’I've Got You Babe’’ de Lucky Dube, ‘’Me Nya Ntaban’’ de Kojo Antwi et ‘’I Feel Good’’ de James Brown. Tube après tube, les festivaliers — majoritairement jeunes — ont scandé, applaudi, battu des mains pour accompagner trompettistes, batteur, bassiste et soliste dans une communion que l'on ne peut raconter, mais qu'il fallait vivre.
La seconde soirée (samedi 1 mai), quant à elle, était placée sous le signe de la délicatesse : Christina Goh, en duo voix et accordéon avec Maxime Perrin, venus de l'Hexagone, ont offert une parenthèse d'une autre couleur.
Signe que cette deuxième édition aura tenu toutes ses promesses. Place à la troisième… dans quelques mois.
Patrick KROU
