Mpox : L'Institut Pasteur lance une offensive scientifique depuis Abidjan
Mpox : L'Institut Pasteur lance une offensive scientifique depuis Abidjan
La réunion de lancement du projet VAXPOX s'est ouverte ce mardi 5 mai 2026 à l'Institut Pasteur de Côte d'Ivoire (IPCI), dans ses locaux d'Abidjan-Cocody.
Les experts du Pasteur Network en pleine séance de travail à l'IPCI d'Abidjan-Cocody, au lendemain de la cérémonie d'ouverture du projet VAXPOX, le 5 mai 2026.
Elle a réuni des participants venus d'Afrique subsaharienne, représentant six membres du Pasteur Network : la Côte d'Ivoire, la Guinée, le Cameroun, Madagascar, la Centrafrique et le Niger, avec des activités adaptées aux situations épidémiologiques de chaque pays. Coordonné par l'Institut Pasteur et soutenu par la Stavros Niarchos Foundation (SNF), le projet VAXPOX vise à accompagner les politiques de santé publique à mesure que les vaccins contre le Mpox deviennent disponibles, via une approche pluridisciplinaire associant épidémiologie, sérologie, virologie moléculaire et modélisation mathématique, incluant une analyse coût-efficacité de différentes stratégies vaccinales.
Se félicitant de la présence de délégations étrangères, le Dr Koné Blaise, représentant du ministre de la Santé, de l'Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, a rappelé que le Mpox constitue aujourd'hui une préoccupation majeure de santé publique. « L'épidémie de 2024-2025 devrait constituer pour nous un signal fort, nous incitant à agir avec anticipation et rigueur », a déclaré le directeur général adjoint de la Santé.
Après plusieurs années de circulation limitée, a-t-il poursuivi, la Côte d'Ivoire a connu des épisodes épidémiques significatifs en 2024 et 2025. Cette situation a mis en évidence la capacité de propagation du virus ainsi que les défis liés à sa détection et à la prise en charge des cas. Elle a également souligné la nécessité de renforcer la surveillance épidémiologique, d'améliorer les capacités diagnostiques et de consolider la coordination entre les acteurs de santé.
« Dans ce contexte, la recherche scientifique apparaît comme un levier essentiel. Les travaux conduits par l'Institut Pasteur de Côte d'Ivoire, en collaboration avec ses partenaires, contribuent significativement à la compréhension du Mpox et à l'amélioration des stratégies de réponse. Le gouvernement réaffirme son engagement à soutenir la recherche, à renforcer le système de santé et à améliorer la prise en charge des populations. La lutte contre les maladies émergentes repose sur une collaboration étroite entre institutions, structures sanitaires, partenaires et communautés », a précisé le Dr Koné Blaise.
Dans son discours de bienvenue, le Prof. Sindou Meité, directeur général de l'IPCI, a souligné l'importance particulière de cette initiative pour la Côte d'Ivoire. « Le Mpox n'est pas une maladie nouvelle. Le premier cas humain a été identifié dans les années 1970 en République démocratique du Congo. En Côte d'Ivoire, sa présence remonte à plusieurs décennies, avec des cas signalés notamment dans certaines zones forestières où cohabitent l'homme et la faune sauvage, illustrant le caractère zoonotique du virus », a précisé cet enseignant-chercheur qui a consacré ses travaux à ce virus.
Le Prof. Sindou Meité a ajouté que plus récemment, des cas humains ont été confirmés en 2022, suivis d'épisodes épidémiques en 2024 et 2025, et que des cas continuent d'être enregistrés en 2026. « Ces observations montrent que la transmission du virus n'est jamais totalement interrompue et qu'elle peut se poursuivre de manière silencieuse. Dans ce contexte, le projet que nous lançons aujourd'hui est particulièrement pertinent. Il contribuera à renforcer les collaborations scientifiques, à mieux documenter l'exposition des populations et à appuyer la prise de décision en santé publique », s'est-il réjoui, saluant cette initiative mise en œuvre dans le cadre d'un consortium international regroupant plusieurs pays africains, notamment le Cameroun, l'Afrique du Sud, Djibouti, Madagascar, le Niger et la Côte d'Ivoire.
Dans sa présentation, le Prof. Arnaud Fontanet de l'Institut Pasteur a indiqué que le Mpox connaît aujourd'hui une véritable transition épidémiologique. Historiquement associé aux zones forestières et à la transmission zoonotique, le virus s'est progressivement adapté à de nouveaux modes de transmission, notamment en milieu urbain.
« Depuis quelques années, et particulièrement depuis 2022, nous observons une propagation accrue à l'échelle mondiale, puis en Afrique subsaharienne à partir de 2024. Ce projet vise à mieux comprendre cette évolution, en documentant la diffusion du virus, en identifiant les populations les plus exposées et en analysant les dynamiques de transmission », a-t-il annoncé.
À cet effet, souligne cet enseignant-chercheur qui a passé un quart de siècle à l'Institut Pasteur, plusieurs outils seront mobilisés : diagnostics moléculaires, analyses sérologiques pour mesurer l'exposition des populations, études phylogénétiques pour suivre les variants, ainsi qu'approches anthropologiques et modélisation mathématique.
« Ces travaux permettront d'orienter les politiques de prévention, notamment en matière de vaccination, en identifiant les groupes prioritaires. Au-delà du Mpox, ce projet constitue également une opportunité de tester et de renforcer les capacités développées après la pandémie de COVID-19, afin de mieux répondre aux futures crises sanitaires. Ce projet aura un impact à la fois local et continental », a-t-il conclu.
Après trois jours de travaux, les experts du Pasteur Network achèveront leur mission en terre ivoirienne le 7 mai 2026.
Fondation à but non lucratif créée en 1887 par Louis Pasteur, l'Institut Pasteur est un centre de recherche biomédicale de référence internationale dédié à l'étude et à la lutte contre les maladies, en particulier infectieuses.
Abidjan-Cocody, le 5 mai 2026 — Experts et officiels réunis à l'IPCI pour le lancement du projet VAXPOX, en présence de représentants de six pays d'Afrique subsaharienne membres du Pasteur Network.
Patrick KROU
