Gbêkê/Sécurisation foncière : « L’ADU peut sauver nos terres », selon le chef du canton Gblo
Gbêkê/Sécurisation foncière : « L’ADU peut sauver nos terres », selon le chef du canton Gblo
Face à la multiplication des conflits fonciers dans la région de Gbêkê, Nanan Battey Thomas, chef du canton Gblo, estime que l'Attestation des Droits d’Usage (ADU) est un outil indispensable pour mettre fin aux ventes multiples et sécuriser les transactions.
Cependant, il lance un appel : sans une implication réelle des autorités coutumières, la réforme risque de ne pas être adaptée aux réalités locales.
Des conflits fonciers récurrents
Dans la région de Gbêkê, les litiges liés à la terre sont omniprésents. Entre les héritages mal définis, la vente illégale d'une même parcelle à plusieurs acheteurs et l'absence de documents officiels, la gestion du foncier est un véritable casse-tête.
« Il arrive qu’un terrain donné par un parent soit revendu sans que les descendants n’en connaissent les véritables conditions de cession », explique Nanan Battey Thomas. Selon lui, ces situations génèrent des tensions que la chefferie cantonale s'efforce de résoudre « dans l’impartialité ».
L'ADU, une avancée majeure mais mal connue
Pour le chef traditionnel, l'ADU, mise en place par le ministère de la Construction et de l’Urbanisme, représente une avancée significative.
Ce document vise à sécuriser les transactions et à faciliter l'obtention de l’Arrêté de Concession Définitive (ACD). « Avec l’ADU, nous espérons en finir avec les ventes multiples et les conflits récurrents », affirme-t-il.
Toutefois, il déplore le manque de communication autour de cette réforme : « Cela fait plus d’un an qu’on en parle, mais dans nos villages, le document n'a pas encore été mis en œuvre sur le terrain. »
Un processus de signature à revoir
L’une des principales préoccupations du chef du canton Gblo concerne la signature de l'ADU. Actuellement, seul le chef du village est habilité à signer, ce qui suscite la méfiance de certains propriétaires terriens.
« Il aurait fallu que la signature soit conjointe entre le chef et le propriétaire pour éviter les frustrations », souligne-t-il, pointant du doigt des pratiques où des chefs bénéficient financièrement de ces transactions au détriment des propriétaires originels des terres.
Préserver les terres agricoles
Nanan Battey Thomas insiste également sur la nécessité de protéger les terres agricoles face aux lotissements massifs : « Une fois que tout est loti et vendu, il ne reste plus rien pour la culture. Il faudrait envisager des solutions comme la location ou le maintien d’espaces cultivables pour les générations futures. »
En conclusion, le chef du canton Gblo salue l'initiative gouvernementale tout en rappelant l'importance d'intégrer pleinement la chefferie traditionnelle au processus : « Nous sommes les premiers maillons dans la gestion des litiges fonciers. Sans notre implication, les réalités locales risquent d’être ignorées. »
WK
