50 ans de création : Grobli Zirignon et l’art comme thérapie sur cimaises au cœur d’une exposition

50 ans de création : Grobli Zirignon et l’art comme thérapie sur cimaises au cœur d’une exposition

04/05/2026 - 12:44
50 ans de création : Grobli Zirignon et l’art comme thérapie sur cimaises au cœur d’une exposition
50 ans de création : Grobli Zirignon et l’art comme thérapie sur cimaises au cœur d’une exposition

En prélude à l'exposition rétrospective intitulée « Grobli Zirignon : 50 ans de création – L'esprit des arts premiers », prévue le 13 avril prochain à la Caistab, Christelle Mangoua, commissaire de l'exposition, a animé une conférence de presse ce samedi 2 mai 2026, à la Rotonde des Arts Contemporains, Abidjan-Plateau.

Pour la commissaire, ce sont une soixantaine de fresques picturales qui seront mises en cimaises pour le bonheur des amateurs d'arts visuels. Grobli Zirignon, dit-elle, c'est cinquante ans de création au service d'une théorie : la Psychart-thérapie, courant promu par l'artiste lui-même, dont l'écriture est à la fois atypique et éclectique

— le geste qui précède la forme, une création inconsciente et libératrice. « Cet artiste, à travers son geste, se dépouille de tout ce qui est superflu pour ne garder que l'essentiel face à l'œuvre.

C'est une démarche profondément philosophique. Je l'avoue : durant l'année et demie de travail que nous avons partagée, il m'a fallu six mois pour vraiment comprendre son univers. 

C'est pour cela que l'on parle d'art-thérapie : son art, à la différence de beaucoup d'autres, est une façon de sortir de ses peurs, de ses anxiétés, pour trouver un équilibre. Pas un retour aux sources au sens nostalgique, mais un lien vivant avec notre culture, notre socle.

Quand il commence à travailler, il ne sait jamais quelle forme va émerger. Le geste précède la forme. Et à la fin, il en sort quelque chose de fabuleux — quelque chose qui le calme, comme s'il était en communication avec des forces qui l'orientent à son insu. »

Prenant la parole à son tour, le Prof. Grobli Zirignon a posé les fondements de l'art-thérapie, ou Psychart-thérapie, comme une technique fondée sur le grattage, les textures et les strates. Un geste qui, avec la maturité — plus de cinquante ans de pratique

—, est devenu moins agressif, plus apaisé, même si le grattage demeure. Pour le précurseur de cette démarche artistique, le grattage s'apparente à une anamnèse : remonter aux couches profondes pour guérir. C'est là l'une des fonctions essentielles de l'art 

— la fonction thérapeutique 

—, avec la pulsion comme point de départ de toute création authentique. Et si la Psychart-thérapie guérit, l'esthétique n'en est pas le moteur premier. « Esthétique ? Oui, mais pas au sens de la séduction. L'esthétique, au sens premier, c'est ce qui affecte le corps dans la contemplation de ce qui est beau. J'aime les fleurs, les paysages bien taillés, la beauté. Mais l'origine de mon travail, ce n'est pas la beauté 

— c'est la pulsion. C'est à partir de cette quête à tâtons, de cet échange intérieur, que la forme émerge », a affirmé le psychanalyste.

Le Prof. Yacouba Konaté a, quant à lui, situé l'écriture picturale de l'artiste du côté du sublime plutôt que de la séduction — un art qui dérange plutôt qu'il ne flatte. « Son travail compte dans l'histoire générale des arts visuels en Côte d'Ivoire. Il est sur scène depuis son retour en 1977.

Il a formé des jeunes, transmis, incarné un courant. Sa technique est spécifique : il ne cherche pas à séduire, il vise autre chose — ce que, en esthétique, on appelle le sublime.

Le sublime, ce n'est pas ce qui est joli, c'est ce qui nous dépasse et nous oblige à regarder. Comme un orage : on tremble, mais on ne peut pas détourner les yeux », a commenté le curateur et critique d'art, par ailleurs directeur de la Galerie.

Il a ajouté que la technique du grattage s'apparente à un acte psychanalytique : décaper pour libérer. « Son travail est de cet ordre.

Les tons ocres, le noir, le gris

— rien qui cherche l'éclat facile. Et le grattage dont il parle, c'est l'équivalent pictural de l'anamnèse en psychanalyse : on régresse, on décape, on cherche le point sensible qui, lorsqu'on le touche, libère le corps et apporte le soulagement », a conclu le philosophe et galeriste.

 

Patrick KROU