sœur Euphrasie Avlé, première Ivoirienne docteur en droit canonique

À l’occasion de la Journée internationale de la femme célébrée le 8 mars, La Croix Africa propose des portraits de religieuses africaines au parcours atypique.

Le premier portrait est celui de sœur Christelle Euphrasie Avlé, religieuse ivoirienne de la congrégation des sœurs Notre Dame de l’Incarnation, docteur en droit canonique, professeur, notaire, chanteuse.

Dans la commune de Cocody à Abidjan, Sœur Christelle Euphrasie Avlé, 38 ans, occupe un bureau d’environ 12 mètres carrés bercé par le ronronnement d’un ventilateur qui en taquine les rideaux.

Religieuse de l’institut religieux Notre dame de l’incarnation, sœur Euphrasie Avlé est la seule religieuse ivoirienne docteure en droit canonique.
« Petite, je voulais être greffier ou avocate », confie-t-elle avec un sourire. À défaut, de réaliser ce rêve de jeunesse, la religieuse est notaire au tribunal ecclésiastique de première instance de San Pedro, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. « J’accomplis les actes notariés et j’aide à l’application et à la rédaction des conventions entre l’État et les confessions religieuses, explique-t-elle. Je garde toujours cette passion pour la justice, car je reste toujours dans le domaine du droit au plan ecclésiastique ou civil ».

Le parcours la religieuse ivoirienne en droit canonique a commencé après ses premiers vœux en 2004. Elle décroche une licence en droit canonique à l’Université Catholique d’Afrique de l’Ouest à Abidjan (UCAO/UUA) et est envoyée en Italie pour un doctorat à l’Université Pontificale du Latran. « Je suis arrivée en Italie un dimanche, et le lundi je devais commencer les cours en italien, raconte la religieuse. Miraculeusement je comprenais ce que le professeur disait, mais je transcrivais directement en français. Et c’était ainsi jusqu’à ce que je puisse bien apprendre la langue ».
De retour en Côte d’Ivoire après avoir décroché son doctorat en 2014, la religieuse ivoirienne prononce ses vœux perpétuels et commence à dispenser des cours dans les institutions académiques catholiques, telles que l’Institut supérieur de théologie de la compagnie de Jésus (ISTCJ), l’Institut catholique missionnaire d’Abidjan (ICMA) et l’Institut lasallien africain (CELAF) où elle dirige, depuis deux ans, le département des sciences supérieures pédagogiques et religieuses.
La religieuse est également une chanteuse hors pair qui fait des prestations dans des concerts paroissiaux et s’essaie au piano. « La musique est une passion familiale, explique-t-elle. Je joue un peu de piano et si le temps le permet, j’approfondirai plus tard. »

S’ouvrir au monde extérieur

Dans un milieu où l’image de la religieuse est souvent assimilée à celle de la femme qui s’occupe de la sacristie, du secrétariat des paroisses où de la confection de pâtisseries et de viennoiseries, le parcours de sœur Euphrasie détonne.

« Aujourd’hui encore ça surprend quand on me présente comme docteur, confie-t-elle. Il est important qu’une religieuse sorte de son cocon pour voir le monde extérieur et développer la chose ecclésiale. »

Commentant le rôle des religieuses dans l’Église catholique, elle ajoute : « Dans toutes ces fonctions qu’accomplissent avec fierté les religieuses, se retrouve le don gratuit de soi. Mais aujourd’hui, l’Église a besoin des femmes qui vont au-devant des choses, en quête du savoir et de ce que peut être l’Église demain. »

Femmes fortes et Leaders

Pour permettre à des jeunes filles déscolarisées ou analphabètes d’avoir une certaine autonomie, l’institut Notre Dame l’Incarnation a créé un centre de formation professionnelle dont sœur Euphrasie est la directrice. « Ici, explique la religieuse, je leur enseigne que malgré les difficultés de la vie, elles doivent se battre. Nous avons besoin de femmes fortes, de femmes leader. Nous voulons permettre à ces jeunes filles de créer elles-mêmes quelque chose à partir de leur savoir ».

Source : africa.la-croix.com