Pollution maritime à Abidjan: Des Ivoiriens indifférents à la consommation des poissons cancérigènes de la lagune ébrié

« Quand les poissons passent au feu, toutes les bactéries meurent », répond Raphaël Konan, en apprenant que les poissons pêchés dans la lagune ébrié sont cancérigènes.
« C’est ça même qui fait que c’est doux », se moque, sceptique, le fonctionnaire provoquant les éclats de rire de ses amis dans une gargote de Yopougon (Abidjan ouest), où ils ont commandé du poisson braisé, dont il « ne peut se passer ».
La plupart des Ivoiriens ignorent en effet les conclusions de l’enquête onusienne sur l’impact des dix années de crise ivoirienne sur l’environnement qui ont été « livrées au gouvernement en septembre 2016 », selon Abou Bamba,
secrétaire exécutif de la Convention d’Abidjan à l’ONU environnement.

Ce fonctionnaire de l’organisme mondial a relevé par ailleurs que la charge toxique des « poissons pêchés dans les baies abidjanaises de Biétry (sud), Cocody(est) et Abobodoumé (ouest ) comportent 60.000 coliformes fécaux » contre « 200 qui est la norme pour la baignade selon l’OMS ».

Il a de ce fait invité les populations ivoiriennes à « consommer les poissons des mers », indiquant que selon des tests ceux de la lagune ébrié contiennent des  » métaux lourds dont le cyanure, le plomb « . D’où leur propriété cancérigènes.

Cette nouvelle d’abord « effrayante » n’émeut pas plus Clarisse, une cliente fidèle du marché de poissons d’ Abobodoumé: « ça ne tue pas Africain. Et puis si le gouvernement n’a pas interdit la pêche dans ces zones c’est qu’il n’y a rien à craindre », se convaint-elle en emballant des poissons fumés qu’elle vient d’acheter.

Comme elle, une vendeuse prénommée Adjoua met en avant la relative moins cherté de ce marché situé au bord de la lagune et approvisionné par des pêcheurs artisanaux.

Une autre cliente plus réceptive témoigne quelques mètres plus loin de la berge où certaines grossistes lavent leurs poissons avant de les fumer sur place, des branchements anarchiques domestiques déversent dans l’eau les eaux usées non traitées issues des douches et latrines.

« Les gens viennent de partout pour acheter nos poissons et jamais nous n’avons entendu de plaintes parce qu’ils ne (seraient) pas bons », insiste la vendeuse indiquant que ce commerce est sa seule source de revenus.

Par contre, à Cocody, la presse locale a rapporté en 2015 un scandale dû à la découverte par une restauratrice et son client, de matière fécale humaine à l’intérieur d’un poisson fraichement pêché dans la lagune ébrié.

Bien que le poisson soit l’une des principales sources en protéine des Ivoiriens, seulement 20 à 30% sont produits dans le pays, selon des statistiques.

Des programmes de dépollution des lagunes ont été initiés par l’État de Côte d’Ivoire notamment à la corniche de Cocody avec l’apport du Maroc et devraient se poursuivre dans le cadre de la Convention d’Abidjan avec l’aide d’organismes internationaux.

D’ici là des Ivoiriens férus de « poissons braisés accompagnés d’attiéké (semoule de manioc cuit à la vapeur) » comme Alain, préfèrent « ne pas savoir leur provenance ».

Les végétaliens ne sont pas non plus épargnés car des légumes cultivés dans les environs sont eux aussi toxiques et contiennent des hydrocarbures, à en croire le fonctionnaire de l’ONU.

MID

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