L’honorable Ben Fana Traoré, président du parti citoyen pour le renouveau au Mali : à propos de 2020 : « Que Ouattara siffle la fin de la récréation »

Conseiller technique à la présidence de la république du Mali, président du parti citoyen pour le renouveau (PCR), président de l’international libéral au Mali et candidat aux élections présidentielles de 2013, Ben Fana Traoré dans cette interview se prononce sur l’actualité politique dans son pays et en Côte d’Ivoire, notamment sur la guerre de succession de Ouattara.

Quel est aujourd’hui l’état de santé de parti politique ?

Le parti citoyen pour le renouveau (PCR) se porte assez bien, même si toutes nos ambitions n’ont pas été atteintes. Nous sommes allés à des élections, nous avons des élus sur l’ensemble du territoire national. Cependant, nous souhaiterons aller au-delà. Avec l’actualité qui prévaut ici au Mali, l’heure est au rassemblement pour régler tous les problèmes qui minent notre pays. Notre parti se bat pour que son option politique qui est libérale soit portée au firmament dans le pays.

Revenons à présent aux présidentielles de 2013, dites-nous ce qui a motivé votre candidature ?

J’étais candidat, parce que je voulais parler aux maliens. Je voulais apporter des solutions au peuple de mon pays. J’étais candidat parce que je me suis dit que je pouvais apporter une grosse pierre à l’édifice nationale et permettre à mon pays de sortir de la crise, relancer son économie et faire en sorte que les maliens se sentent à l’aise. Bref je n’étais pas candidat contre un groupe ou une personne.

Vous avez appelez à soutenir au second tour, le candidat IBK qui est du parti socialiste. Quelles ont été les motivations ?

Rectificatif ! Le président Ibrahim Boubacar Keita (IBK) est plutôt un socio-démocrate. Il faut dire que les socialistes sont scindés en deux groupes, les socialistes et les sociaux-démocrates. Et quand on est socialiste démocrate, cela signifie qu’on peut travailler avec les libéraux. Ceux qui comprennent comment le monde est structuré savent que le socialiste démocrate est celui qui fait un pas vers le libéralisme. Il reconnait certaines valeurs de liberté, de création d’entreprises privées sont nécessaires pour booster l’économie nationale. Au-delà de cela, j’ai fait avec lui une alliance politique. J’ai mis ensemble tous les jeunes candidats (jeune par notre façon de voir les choses) et apporter notre soutien à la candidature de IBK. Et précisons qu’on l’a fait sans condition, sans rien demandé. Nous avons estimé en son temps, qu’il pouvait apporter un mieux-être aux maliens eu égard à son expérience dans la gestion des situations que connaissent son pays.

Quelles leçons tirez-vous donc de ces élections présidentielles ?

Les élections de 2013 se sont bien déroulées au Mali. Elles nous ont permis d’installer au fur et à mesure toutes les institutions du pays. Ces élections ont également permis de terminer de réconcilier tous les maliens qui avaient des points divergents. Aujourd’hui, tous les maliens sont unanimes qu’il faut s’attaquer sérieusement au terrorisme qui s’empare de l’Afrique. Pour moi, le bilan c’est ça. Aujourd’hui les maliens se sont mis ensemble pour remédier aux différents maux qui minent notre pays.

Combien de partis sont membres l’international libéral et comment travaillez-vous ?

Nous sommes fondamentalement 3 partis. Le Parti Citoyen pour le Renouveau (PCR), l’Union pour la République et la Démocratie (URD) de Soumaïla Cissé, Parti pour la démocratie et la solidarité (PDS) de Amadou Toumani Touré. Les deux autres partis ont été parrainés par le PCR, il y a quelques mois à Nairobi, au Kenya pour être membres de notre grande famille. La famille des libéraux est entrain donc de se construire petit à petit. Les deux partis sont membres de l’opposition actif, mais le PCR soutient le président de la république jusqu’à preuve du contraire. Comment nous travaillons ? non, il faut dire que j’étais seul au départ. Aujourd’hui, nous sommes trois partis du réseau libéral africain. Les deux partis doivent rentrer également dans l’international libéral. Nous sommes dans une phase de création, d’organisation avant de commencer à travailler convenablement.

Quels sont vos rapports avec les libéraux de l’Afrique de l’Ouest ?
Nos rapports sont fraternels. Ce sont des rapports de libertés, de considération, d’accompagnement et de soutien mutuel. C’est ce que demande notre famille. Nous sommes la plus grande famille politique organisée et diversifiée. Les libéraux sont aujourd’hui considérés honnêtement comme le réseau le mieux structuré de l’Afrique particulièrement en Afrique de l’Ouest ou on a deux chefs d’Etat (Alassane Ouattara et Macki Sall). Nous comptons dans nos rangs de hautes personnalités telles que Dabré du Burkina Faso, Cellou Dalein Diallo de la Guinée qui sont de grosses têtes en ce qui concerne la quête de la démocratie dans leur pays. Il y a aussi le parti d’Abdoulaye Wad le PDS, le père de cette option en Afrique.

Quelles sont donc vos ambitions, seriez-vous candidat en 2018 ?

Non, je ne serai pas candidat si le président IBK est candidat. Je travaille avec lui. Je ne suis pas de ceux qui passent dans le dos des gens. S’il est candidat dans la phase actuelle, je ne peux être candidat. C’est vrai que j’ai mes idéaux, mais je ne me vois pas pour le moment dessiner une candidature. Mais la politique bouge, c’est le mouvement, cela dépendra de tout ce qui va se passer dans l’avenir.
Votre position et vos propositions pour remédier à la crise malienne qui prévaut au Mali depuis quelques mois ?

Moi je suis de ceux qui pensent que depuis quelques années, nous n’avons pas eu les ripostes nécessaires pour empêcher ce qui est arrivé. Nous sommes des humains, ne l’oublions pas le Mali de Modibo Keita a mis tout en œuvre pour créer un état. Il s’est retrouvé plus tard renversé par des jeunes militaires qui ont dirigé pendant 23 ans. Il n’y avait pas de liberté démocratique dans le pays. Après 23 ans, des intellectuels, des jeunes cadres se sont dits trop c’est trop. Notre pays est allé vers un soulèvement national, des morts en cascades s’en sont suivis. C’est à partir de ce moment que la démocratie telle que nous la percevons actuellement est née. Ces acteurs majeurs qui ont été les piliers de cette renaissance, quand on regarde les résultats de leur gestion dans leur globalité, on se rend compte que les vraies mesures n’ont pas été prises. Les vraies ripostes, les vrais positionnements pour faire barrage à ce péril gigantesque n’ont pas été pris. C’est dans ces conditions que le président Ibrahim Boubacar Keita prend le pouvoir. Pourquoi notre armée n’est pas équipée convenablement, nous avons eu combien d’années, combien de chefs d’états sont venus avant IBK, pourquoi nous n’avons pas ce qu’il faut pour la couverture aérienne ? Notre système de défense est défaillant. Et ce qui fragilise notre sécurité et expose notre pays à tous les dangers. Ceux qui au préalable avaient la gestion du pays n’ont pas travaillé convenablement. C’est pourquoi, en tant que libéral, je suis pour une armée forte, très forte même d’ailleurs. Quoi qu’il arrive, avec une armée solide, bien structurée (armement, service de renseignements..) on peut être rassuré que cette crise prendra fin. Pour un libéral, la solution de la bonne gouvernance, c’est d’abord l’éducation. Elle permet de former la jeunesse. En somme, c’est l’éducation qui permettra aux maliens de connaitre leur droits et devoirs, de savoir les limites ne pas franchir. L’éducation reste à mon avis une grande solution. C’est pourquoi, il faut rendre l’école publique plus solide. Beaucoup de nos cadres préfèrent mettre leurs enfants dans le privé. Cela parce que le privé a développé des méthodes, des systèmes de motivations meilleures que dans le public. Il faut aller vers une reconstruction totale et économique, afin de donner la chance à ceux qui n’ont rien d’exister.

L’autre actualité, c’est le referendum à venir, quelle est réellement la position du PCR ?

Notre position est on peut plus claire. Au cours notre dernier congrès, nous avons fait venir à Bamako tous les libéraux de l’Afrique de l’Ouest et de grands experts allemands dont la fondation Friedrich Ebert. Au cours de ce premier congrès, nous avons développé la thématique de la réforme des institutions. Nous avons sorti des résolutions dans ce sens. Les textes de la nouvelle constitution, touchent beaucoup d’éléments que nous avons soulignés. Comment voulez-vous que je me dresse contre une constitution comme celle-là ? Aux présidentielles 2013, j’avais déjà dit que j’étais pour une réforme constitutionnelle. J’ai même cité De Gaule qui disait que ‘’les constitutions sont comme des voitures’’. Mais à un moment donné, l’on est obligé d’aller vers une adaptation de cette constitution. La constitution, est ce qui reste même quand tout s’écroule. Quand l’adaptation n’y est pas, cela nous conduit dans l’impasse. Les partis d’oppositions sont souvent victimes de nomadisme politique. Pour ce qui est du problème du sénat, il faut que depuis longtemps, le haut conseil des collectivités du Mali le dit à qui veut entendre qu’il se transforme en sénat. Le président de la république a en charge sa mise en œuvre. Mais une seconde lecture est toujours possible car la loi l’autorise. Le débat est ouvert dans notre assemblée nationale pour qu’il y ait une lecture de ce texte. Voir les points d’achoppements et faire des amendements. Mais cela doit se faire dans le calme et le dialogue et non dans l’invective. L’état actuel de notre pays est tel que nous devons faire attention surtout que le monde entier a les yeux rivé sur nous. Si nous poussons nos passions à une l’extrême, nous nous ferons du mal et à notre pays. Les proéminences des partis politiques à l’assemblée, la société civile… Il faut donc une seconde lecture pour discuter les points qui fâchent. On ne peut pas enlever l’initiative de 92 qui confère au président de la république d’enclencher une réforme constitutionnelle. Et c’est à lui que reviendra le dernier mot.
Quels sont vos rapports avec le Rassemblement Des Républicains de Côte d’Ivoire, qui est aussi Libéral comme vous ?

Le RDR et nous date de plusieurs années. On se parle peu, mais à distance on se respecte. On a de grandes amitiés entre nous. Tout va bien. Le RDR reste fondamentalement le parti de notre cœur. Ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, nous l’avons vécu ensemble. Nous avons été, nous aussi, pris à partie à cause de notre soutien au RDR. Nos rapports restent fraternels, cordiaux, le tout dans un partenariat libéral.
L’actualité en Côte d’Ivoire, c’est 2020. Plusieurs camps pour la succession de Ouattara se créent notamment le camp Soro, celui de Hamed Bakayoko ou encore Amadou Gon… Quel est votre analyse sur le sujet ?
Je ne maitrise pas bien ces problèmes de querelles. Je ne suis pas totalement imprégné de cette guéguerre. Mais, si j’ai un conseil a donné c’est que ces antagonistes doivent privilégier la discussion. Quand on est issu d’une même famille, il faut s’assoir autour d’une même table. C’est ce que le président Houphouët a enseigné au monde. Ceux qui se réclament de lui, doivent lui emboiter le pas. Le dialogue reste la meilleure des vertus. Après tout ce que la Côte d’Ivoire a connu, les ivoiriens ne doivent pas accepter que les ambitions personnelles viennent freiner la bonne marche de ce pays. 2020 c’est dans 3 ans et je pense que ce n’est pas une bonne idée. C’est pourquoi, j’appelle le président Ouattara a créé une commission qui permettra d’échanger et discuter avec les protagonistes. Ouattara est un grand homme d’Etat, que nous maliens estimons beaucoup. C’est pourquoi, il doit comprendre que le regard que portent les autres sur la Côte d’Ivoire compte énormément. Il faut qu’il trouve les voies et moyens pour mettre fin à cette récréation. Il faut absolument qu’il siffle la fin de la récréation en regroupant tout le monde autour de lui. 2020 est encore loin. Il faut plutôt l’aider à parachever l’œuvre immense qu’il a commencé que de se battre pour rien. Ouattara est encore vivant donc sa succession n’est pas encore d’actualité

Pensez-vous qu’il n’y a rien à craindre pour 2020… ?

Tout cela dépend du dialogue. La gestion d’un état n’est pas liée à un individu. Elle est plutôt liée à l’intérêt du peuple tout entier. Le but de la politique est de faire en sorte que les populations vivent mieux. Si un groupement de partis politiques tel que le RHDP a pu exister jusqu’à aujourd’hui, ce même RHDP à travers les doyens que sont Bédié et Ouattara, et la génération montante, Hamed Bakayoko, Soro Guillaume, et autres doivent se réunir pour dire que le moment de l’alternance, le moment de choisir quelqu’un n’est pas encore à l’ordre du jour. Au moment opportun, le meilleur d’entre eux sera trouvé. Si non, le jeu politique est toujours ouvert. Mais il faut que l’exemple de Ouattara et Bédié serve de leçon à tous. On doit plutôt l’aider en tant que timonier du navire ivoire qu’il tienne jusqu’au bout au lieu de parler de succession. Quand le père est vivant et on ne parle pas de sa succession.

Après donc six ans d’exercice du président Alassane Ouattara que pensez-vous de sa gestion ?
Le président Alassane Ouattara vient de loin. Il a rayonné l’image de la Côte d’Ivoire même si tous les ivoiriens ne s’en rendent pas compte. Il a stabilisé le pays, attiré les investisseurs étrangers en Côte d’Ivoire, boosté l’économie et lutte efficacement contre la cherté de la vie. La Côte d’Ivoire d’hier ne ressemble pas à celle d’aujourd’hui. J’étais là pendant la crise et j’ai vu l’état de délabrement dans lequel se trouvait ce pays. Des efforts ont été faits pour le repositionner. Aussi, le président Ouattara impose le respect de la Côte d’Ivoire dans le monde. Quant à la défense et la sécurité dans un pays cela n’est pas facile. Quand l’armée a été utilisée pour mener des actions dans une crise sa reconstruction reste compliquée. Il y a aussi un grand sentiment de réconciliation qui flotte sur la Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens ont envie de se réconcilier. Des actions d’envergure sont menées dans ce sens, mais il y a toujours des gens qui se sentent frustrés. Certains ivoiriens trouvent que le procès de l’ex président Gbagbo et autres n’est pas juste. La solution doit venir des tenants du pouvoir (le RHDP) qui doivent poser des actions pour apaiser les tensions. J’ai bien aimé le refus du président Alassane du transfert de Simone à la CPI, ce fut un acte fort. C’est d’abord une dame, et en homme élégant et humain, il a raisonné en mari et au-delà en père.

Réalisée à Bamako par Doumbia Balla Moise

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