Le nouvel engagement chrétien ne peut-il être que « de gauche » ?

Quelques semaines avant le premier tour de la présidentielle, Le Monde publiait une tribune titrée « Nous, jeunes catholiques, refusons de laisser à la droite le monopole des valeurs chrétiennes ».

Un texte engagé, appelant les catholiques à ne pas délégitimer les candidatures de Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, au motif d’un prétendu antichristianisme, alors que leur projet politique était porteur d’exigences notamment sociales conformes à l’Évangile.

pierre-Louis Choquet, Jean-Victor Elie et Anne Guillard prolongent aujourd’hui leur réflexion dans un livre au titre évocateur : « Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien ». Un engagement perçu non pas comme conséquence de la foi mais bien comme « le lieu de la foi » et qui s’inscrit dans une lecture critique de l’institution catholique.

Pour ces jeunes auteurs, c’est l’incapacité de l’Église à se décentrer vraiment d’elle-même, à regarder la modernité avec la bienveillance à laquelle appelait pourtant Vatican II, à se risquer dans la rencontre et le dialogue d’une société pluraliste et à « prendre au sérieux les interrogations de nos contemporains chercheurs de sens » qui explique la désaffection massive de la jeunesse.

D’où leur « refus de bâtir l’Église sur un pouvoir sacerdotal » crispé sur une conception de la vérité qui ne parle plus à nos contemporains. Dès lors leur revendication d’une juste autonomie des laïcs va bien au-delà du seul registre de l’engagement dans la cité, traditionnellement reconnu comme légitime par le magistère.

Dans cet ouvrage, ils plaident ainsi pour un « christianisme de l’inachèvement » où la Création serait enfin reçue non comme un moment inaugural figé mais comme un processus dynamique auquel tout être humain — croyant ou non croyant — est associé, par volonté divine.

Un combat uniquement de gauche ?

Ces préalables étant posés, les auteurs définissent ce que sont, pour eux, les priorités de l’action. Au premier rang desquelles « le combat pour la justice sociale et celui pour la justice écologique, étroitement articulés l’un à l’autre » qui porte une critique radicale du libéralisme économique.

Parallèlement, ils plaident pour une réhabilitation du politique et un sens de l’hospitalité dont ils soulignent qu’il ne s’origine pas dans le seul christianisme. Ils citent à ce propos la réaction de la foule, dans l’Odyssée, lorsque Antinoos s’en prend à Ulysse déguisé en mendiant. « Tu as eu tort de frapper ce malheureux vagabond (…) peut-être est-ce un dieu venu du ciel. »

Il y a dans ce plaidoyer, qu’il faut lire, beaucoup de détermination, d’intelligence et de générosité. Mais également un parti pris qui demande à être interrogé : celui de considérer que ce combat ne peut être que « de gauche » et donc ne pas pouvoir rejoindre celui d’une autre jeunesse chrétienne considérée comme de droite et « conservatrice », même si elle s’inscrit en fait dans un même combat écologique et anticapitaliste. Or qu’est-ce que l’écologie, fondamentalement, sinon un conservatisme ? Et tout conservatisme est-il réactionnaire ?

Un clivage portant sur les débats de société

Lorsque les auteurs invitent à la construction d’un monde « qui permettrait le libre développement de chacun sur une terre habitable par tous », on devine que le vrai clivage avec leurs jeunes coreligionnaires porte, en fait, sur les débats dits de société : mariage pour tous, PMA, féminisme… Et qu’ils partagent avec la gauche le sentiment qu’il y a dans cette « émancipation » un aspect non-négociable, là ou d’autres s’interrogent précisément sur les limites de cette émancipation individuelle au regard du Bien commun.

Il y a un paradoxe à se référer avec constance à l’encyclique Laudato Si’ du pape François, tout en cherchant à se démarquer des jeunes chrétiens de la revue Limite qui entendent précisément mener le combat d’une écologie intégrale. (1) Il y a un paradoxe à vouloir faire prévaloir radicalement la prédominance de la nature dans le combat écologique et à prétendre s’en affranchir, au bénéfice de la culture, lorsqu’il s’agit du devenir de la personne humaine, où l’on pourrait s’exonérer de tout principe de précaution. Comme si le conservatisme sociétal n’était pas aussi le signe d’une nécessaire reévaluation de la notion de progrès qui ne fait plus consensus dans nos sociétés.

Ils écrivent néanmoins, il est vrai : « Si nous devons lutter ardemment pour que les hommes puissent prendre davantage le contrôle du système socio-économique qu’ils ont façonné, il est moins évident que nous devions à tout prix revendiquer l’émancipation en ce qui concerne le début et la fin de la vie : la “densité métaphysique” des débats bioéthiques devrait nous inciter à la prudence. »

On applaudit sans réserve à ce plaidoyer, pour une culture de la rencontre et du dialogue « hors les murs », à cette invitation à « inventer de nouvelles façons de vivre en commun susceptibles de dépasser, sans pour autant les nier, les différences d’appartenances et de convictions qui caractérisent notre société plurielle ».

Mais, à la lecture du livre, on a parfois le sentiment d’une culpabilisation excessive de l’Église face à ce qui apparaît un peu naïvement comme le « prophétisme » de la modernité. Sans doute les auteurs ont-ils, eux-mêmes, perçu les limites de leur propos lorsqu’ils rectifient : « Ceci ne signifie pas pour autant que nous, chrétiens, “ayons tout à apprendre et rien à apporter”.» « Nous chrétiens », dans la diversité de nos propres convictions et sensibilités ? Là semble bien être la question, en partie occultée.

Source : fr.aleteia.org

 

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