IMMIGRATION IRREGULIERE : DE LA RUEE VERS L’ELDORADO A LA DESILLUSION

A Abidjan, le sommet Union africaine-Union européenne qui s’est tenu du 29 au 30 Novembre prochain, a planché sur la question de la jeunesse et de l’immigration irrégulière.
La crise migratoire est la plaie des différents États africains et européens. Comment le phénomène se présente-il dans nos pays ? Quelles en sont les causes principales et l’impact social, politique, économique pour nos Etats africains ? Quel type d’approche pour l’endiguer ? Voici autant d’interrogations qui ont besoin d’être élucidées.
La question migratoire est depuis de longs mois l’objet d’attention pour les gouvernements africains et ceux des pays visés, dont l’Italie et l’Allemagne. Choisir de partir loin de sa terre natale pour des raisons économiques, politiques ou pour des besoins de formation n’est pas en soi une mauvaise chose. Cependant, c’est la voie que choisi le volontaire au départ qui pose par moment problème.

Depuis quelques temps, on observe une augmentation sensible des départs de jeunes migrants vers l’Europe. Ils fuient des régimes autocratiques où les violences et persécutions sont nombreuses. Ces migrants viennent principalement d’Afrique subsaharienne, de pays en conflit permanent comme la Somalie ou l’Érythrée. L’Europe est confrontée à un exode en provenance des pays africains. Les candidats à l’eldorado s’embarquent à cent voir même plus sur des pirogues de fortunes pour affronter la mer en espérant voir apparaître les plages européennes. Plus un seul jour ne passe sans que les médias dénombrent le taux croissant de migrants morts en essayant de traverser vaille que vaille l’autre rive pour l’Europe, « l’Eldorado ».

Partir pour l’Europe, les Etats-Unis ou le Canada est devenu une obsession pour de nombreux jeunes africains qui n’hésitent pas à choisir la voie de la clandestinité pour réaliser leur rêve. Les dangers qu’ils courent sur les routes de la migration irrégulière sont importants. Les migrants sont capturés alors qu’ils font route vers le nord de la Libye, d’où ils comptent gagner l’Europe en traversant la Méditerranée. Tout au long de ce périple, ils sont la proie de groupes armés et de réseaux de passeurs qui tentent parfois de leur extorquer de l’argent. Les migrants sont vendus entre 120.000 et 250.000 FCFA sur le marché comme s’ils étaient une matière première. La plupart des migrants sont utilisés comme travailleurs journaliers dans les secteurs de la construction et de l’agriculture. Certains sont rémunérés, mais d’autres sont contraints de travailler sans percevoir de salaire. En ce qui concerne les femmes, beaucoup de mauvais traitements, de viols et des cas de prostitution forcée sont à relever.

A chaque naufrage, ce sont des dizaines, voire des centaines, de migrants qui se retrouvent à l’eau. Faisant l’état des lieux du phénomène de la migration irrégulière en Côte d’Ivoire,  Laurent Guittey de l’OIM a fait savoir que « les principaux pays d’origine des migrants sont les pays avec un niveau moyen de développement humain ». Ce qui justifie le flux pléthorique des migrants. Selon l’OIM, à la date du 30 septembre de cette année, 133.771 immigrants irréguliers sont arrivés aux portes de l’Europe par la mer. Sur cet effectif, ce sont 105.418 immigrants qui ont été accueillis en Italie. Il est bien de noter qu’en cette même année, 2747 migrants sont décédés dans la méditerranée.

En Côte d’Ivoire par exemple, le flux migratoire vers l’Italie en 2017 est alarmant. 8753 immigrants irréguliers dont 5907 hommes, 1263 femmes, 109 mineurs accompagnés et 1474 mineurs non accompagnés ont été identifiés. La Côte d’Ivoire occupe ainsi la 4eme place mondiale derrière le Nigeria (17100), la Guinée  (9217) et le Bangladesh  (8870).

Selon l’approche de l’Organisation Internationale de la Migration, la Migration irrégulière se définit comme une Migration internationale contrevenant au cadre légal du pays d’origine, de transit ou de destination. Il n’y a pas de définition universellement acceptée de la migration irrégulière. Dans la perspective du pays de destination, il s’agit de l’entrée, du séjour et du travail illégal dans le pays, impliquant que le migrant n’a pas les autorisations nécessaires ou les documents requis selon la loi d’immigration pour entrer, résider et travailler dans le pays en question. Dans la perspective du pays d’origine, l’irrégularité s’avère par exemple lorsqu’une personne franchit une frontière internationale sans un passeport ou document de voyage valide, ou ne remplit pas les exigences administratives pour quitter le pays. Il y a cependant une tendance à restreindre l’usage de terme « migration illégale » aux cas de traite des personnes et au trafic illicite de migrants.

Cette institution internationale fait remarquer que, la traite d’êtres humains est une pratique de plus en plus fréquente chez les passeurs. Des hommes et des femmes perdent toute leur humanité dans leur marche vers un autre monde, présenté comme un eldorado.
Cette marche est aussi celle des trafics de toute sorte, des filières clandestines de migration et de voyages incertains. A chaque naufrage, ce sont des dizaines, voire des centaines, de migrants qui se retrouvent à l’eau.
Au-delà, cette migration clandestine a un coût. Un droit de passage vers l’Europe sur une petite pirogue peut grimper jusqu’à 20.000 euro (13 millions de f CFA), une somme souvent mobilisé par des communautés entières voire même la famille. Même avec ce montant versé aux passeurs, rien ne dit que le migrant clandestin verra l’Europe.

RESPONSABILITES ET IMPACTS POUR NOS ETATS AFRICAINS

Pourquoi cette ruée? En réalité, la situation socio-économique et politique dans les pays de départ est souvent catastrophique. Avec un taux de chômage qui ne fait que grimper et la situation ne semble pas s’améliorer au fil des années.
Les candidats à l’immigration s’adonnent à cette pratique à la recherche d’un mieux être car comme le dirait le Pr David Musa Soro : « En Afrique, on a le sentiment que le bonheur se trouve ailleurs ».
Le constat est triste et amer. Plus de 10.000 migrants meurent chaque année dans cette « traversée du désert ».
Au-delà de la sensibilisation, il est important de se poser différentes questions : quelles sont les différentes responsabilités des Etats africains dans la crise migratoire? Quelles sont les causes qui les poussent à partir? Quel est l’impact que cela a sur nos États africains? Quelles solutions pour freiner ce fléau et redonner du rêve à tous ceux qui veulent partir?
L’expansion extrêmement rapide de la migration irrégulière depuis l’Afrique est due certes à l’attraction de plus en plus forte qu’exercent le mode et le niveau des populations occidentales mais cela est également dû à la « mondialisation avec la forte pénétration des technologies de l’information et de la communicationLa généralisation de l’obligation de VISA en limitant les migrations légales et les simples déplacements de personnes a énormément contribué à l’accroissement des mouvements effectués dans la clandestinité » extrait de « CAHIERS DE MIGRATIONS INTERNATIONALES » écrit par des experts du BIT.
A cela s’ajoute, l’espoir d’une vie meilleure sur les lieux de naissance qui s’amenuise au fur à mesure que s’accroit la pauvreté et le « mal de vivre ». Pour ceux-ci, l’Europe « c’est ce qu’il ya de mieux » en termes de condition de vie, de liberté, de garantie des droits.

DES CHIFFRES ALARMANTS


La Libye est la principale porte d’entrée vers l’Europe pour les migrants. Depuis le début de l’année, on estime à 26 886 le nombre de migrants arrivés en Italie. On sait que 600 autres sont morts en mer, mais on ignore le nombre de ceux qui périssent en tentant d’atteindre les côtes libyennes ou en traversant le désert.
1er JANVIER– 12 novembre 2017
1er JANVIER – 12 NOVEMBRE 2016
Pays d’arrivée  Arrivées                      Décès 
Italie                    114 606                         2 749 (Itinéraire méd. centrale)
Grèce                   25 337 (au 11/11)         59 (Itinéraire méd. Orientale)
Chypre                1 028 (au 03/11)           345

Espagne              16 049 (au 13/11)        158 (Itinéraire méd. Occidentale)
Total estimé     157 020                          2 966
341 215
4 329
Source Organisation Internationale pour la Migration (OIM)

A la date du lundi 13 novembre, ce sont 114 606 migrants qui ont débarqué en Italie, selon les informations de l’OIM à Rome communiquées par le Ministère italien de l’intérieur.
Le Ministère italien de l’intérieur a dressé un tableau des Arrivées par la mer en Italie avec leurs principaux pays d’origine allant de la période de janvier à septembre 2017 :
Nigéria : 17 100
Guinée : 9 217
Bangladesh : 8 870
Côte-d’Ivoire : 8 753
Mali  : 6 461
Erythrée : 5 711
Gambie  : 5 649
Sénégal : 5 616
Soudan: 5 569
Maroc : 5 193
Ghana : 3 719
Total tous pays d’origine :  105 418
L’Espagne, quant à lui a fait état, de 16 000 arrivées dans le pays à ce jour. Athènes, lui, déclare avoir identifié 25 337 migrants.

Le nombre total de décès dans la Méditerranée est estimé à 2 966 en 2017, contre 4 329 à la même date l’an dernier.
A travers le monde, le Projet de l’OIM sur les migrants disparus (MMP) a enregistré 5 014 décès de migrants au 12 novembre 2017, soit en moyenne 16 hommes, femmes et enfants par jour.

Ci-après quelques statistiques sur le décès de migrants et de réfugiés à travers le monde  du 1er janvier au 12 novembre 2017. (Source : Projet sur les migrants disparus)
Méditerranée : 2 966
Europe : 83
Moyen-Orient : 95
Afrique du Nord : 467
Corne de l’Afrique : 170
Afrique subsaharienne : 387
Asie du Sud-Est : 295
Asie du Sud : 1
Amérique du Nord : 1
Asie de l’Est : 1
USA/Mexique : 328
Amérique centrale : 67
Caraïbes : 153
Total : 5 014

SANS RANÇON, PAS DE LIBERATION

En Libye, des dizaines de migrants sont détenus par des groupes armés libyens dans la ville de Sabratha, à l’ouest de Tripoli. Ces groupes réclament des rançons aux familles.
Cécile Coudriou, Amnesty International France fait savoir que « Le sort qui attend les migrants et les réfugiés en Libye est absolument terrible ».
Sur cette route de l’exil, ils sont déjà victimes de violences de la part des passeurs qui les battent, leur extorquent de l’argent, violent les femmes. Ce sont déjà des routes extrêmement dangereuses. Mais à cela s’ajoute un péril plus grand encore puisqu’ils sont kidnappés par des milices, des groupes armés pour qui ça devient une sorte d’affaires fructueux. Ce sont des trafiquants prêts à tout pour gagner de l’argent.
Cette organisation organise des marchés d’esclaves qui se fait parfois dans des lieux publics, par téléphone ou même sur Internet.

Ces personnes qui ont été interceptées et kidnappées se retrouvent à devoir travailler sans recevoir de salaires sans aucune possibilité de secours et de recours.
Pour certains, la famille arrive à payer la rançon au prix de gros sacrifices. Mais il y a aussi des morts que l’on retrouve dans le désert. Soit parce que ces personnes étaient malades ou handicapées, alors les trafiquants s’en débarrassent parce qu’elles ne pourraient pas rapporter suffisamment d’argent. Partir c’est bon, mais dans la légalité c’est encore mieux !

UN VOYAGE SANS RETOUR? L’ELDORADO C’EST AUSSI CHEZ NOUS!

La traversée de l’ombre de la mort, ne connaîtrait une baisse significative que si des politiques adéquates sont mises en place par les autorités locales. Devant l’ampleur de ce drame des réactions s’imposent autant du côté des pays africains d’où partent les jeunes que des dirigeants européens concernés.
La réponse africaine face à ce fléau réside essentiellement sur la mise en place d’une excellente politique agricole encouragé par une volonté politique et la valorisation des nouveaux métiers.

Des jeunes capables de trouver des millions de francs CFA pour partir à l’étranger chercher fortune ! Mobiliser 3 à 10 millions pour un lendemain incertain dans une traversée avec autant de risque, c’est insensé !
L’Afrique qui regorge de beaucoup de potentialité économique devrait permettre à ses dirigeants de mettre en place un projet de développement basé sur le retour vers l’agriculture et l’émergence de pôles d’excellence agricole dans les domaines de l’élevage, la pêche et l’agriculture. Ceci afin de non seulement aider le monde rural à se doter des nouvelles techniques et nouvelles technologies générées par la recherche et mettre fin à l’insécurité alimentaire mais également à lutter drastiquement contre le phénomène d’immigration irrégulière.

Par exemple, la Côte d’Ivoire compte environs 17 millions de terres arables. L’Etat a mis en œuvre un programme national d’investissement agricole, de deuxième génération (PNIA 2 – 2016-2020), qui met l’accent sur les grands  pôles de développement intégré ou de grandes zones agro-industrielles particulières  dénommées « agropoles ». Le Nigeria, géant d’Afrique avec ses 174 millions d’habitants est la première puissance économique du continent. L’essentiel des activités économiques tournent autour de l’agriculture qui représente 22 % du secteur (mais n’emploie que 70 millions de personnes). L’économie guinéenne est largement tributaire de l’agriculture et de la production minière.

Berceau de l’humanité et terre d’espérance, en Afrique, l’agriculture emploie 65 % de la population du continent et présente un fort potentiel de création d’emplois. L’agriculture est à la fois présentée comme une des principales solutions face au défi de l’emploi en Afrique et comme une activité qui ne parvient plus à « attirer » les jeunes. Le manque de compétitivité de l’agriculture africaine est un lourd handicap quand il s’agit de promouvoir l’emploi dans ce secteur

Pour que l’agriculture puisse absorber une part plus importante des jeunes en recherche d’emploi, de nombreux défis doivent être relevés, parmi lesquels : au niveau des politiques agricoles d’abord, en affirmant clairement la priorité au soutien à l’agriculture familiale connectée aux marchés, en favorisant les filières porteuses et en privilégiant les productions de valeurs ajoutées locales (transformation et valorisation des produits de l’agriculture et de l’élevage) ; en améliorant l’attractivité des métiers agricoles et ruraux ; en mettant en place de véritables politiques foncières ; en ayant une politique volontariste de développement des villes secondaires, nécessaires au désengorgement des capitales, ouvrant de nouveaux marchés pour l’agriculture locale et l’artisanat.

Cependant, cette agriculture pour attirer et maintenir les jeunes doit être accompagnée par des politiques publiques qui favorisent l’accès aux crédits à des taux adaptés, la protection des marchés, les technologies de mécanisation et de gestion, la garantie des prix de vente, le renforcement des capacités des jeunes aussi bien dans la production que dans la transformation des produits agricoles. Comme tout métier, l’agriculture a besoin de formation et d’actualisation des connaissances et des pratiques. L’agriculture comprise au sens large, c’est-àdire en intégrant toute la chaîne de valeur constitue une opportunité pour absorber un certain nombre de jeunes qui arrivent sur le marché du travail et résorber un temps soit peu cette question d’immigration.
« L’immigration irrégulière ne coûte pas cher, elle ne coute que la vie ! »

Joël DALLY

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