L’Arc de triomphe le soir de la victoire française à la Coupe du monde, le 15 juillet. GERARD JULIEN

« En fêtant les Bleus, les Français célèbrent les promesses simples et belles de la République »

« Le succès, sans considération des origines, par le travail, la fraternité, l’amour du groupe » sont mis en valeur par la victoire de l’équipe de France estime l’écrivain François Sureau dans une tribune au « Monde ».

Tribune. A l’occasion de la victoire de l’équipe de France de football, ce sont des vertus anciennes qui reviennent au jour. La première est celle d’une communion, pour une fois légère, comme une ivresse bienfaisante, de tous avec tous. Elle oppose, surtout, à la politique une sorte de résistance qui prévient contre toute récupération. C’est la simple vertu d’un peuple assez vieux, assez sage pour tenir enfin la politique à sa place. L’illusion n’a pas déferlé sur cette victoire, y compris l’illusion « black-blanc-beur » de 1998.

Mais d’un autre côté, cette victoire présente une étonnante similitude avec une victoire politique récente. S’il continue d’inspirer les vertus, et parfois les chansons, l’ancien monde a été mis en échec dans l’organisation, dans la tactique. La Mannschaft invincible a disparu comme le Parti socialiste, les Anglais, comme de simples Républicains. Un jeu nouveau est apparu, fluide, mélangeant l’attaque et la défense, un jeu de solidarité où l’on peut comme Giroud devenir un héros sans jamais marquer, un jeu taoïste où la possession du ballon et la domination de l’espace ne comptent pas, mais seulement la fulgurance finale, utile, décisive, celle des buts de Mbappé et de Pogba.

La seconde vertu est celle du courage. L’une des chansons les plus chantées hier parlait de Pavard, sorti « de nulle part », armé d’une « frappe de bâtard ». On se tromperait en y lisant simplement la description d’une origine modeste. Ce sont les mots qu’emploie Chrétien de Troyes pour décrire Perceval, ou Lancelot qui découvre son nom en soulevant une tombe que nul n’a soulevée avant lui.

Humilité, solidarité

L’ombre de notre plus ancienne légende couvre cette coupe du monde de football, avec ce roi Arthur changé en Merlin et qui porte le nom de Deschamps, comme pour signifier la sortie du monde obscur des forêts, avec le nombre fixe des joueurs, et cette coupe qui paraît reculer à mesure qu’on…

Source : lemonde.fr