Scavengers sort recyclable plastic materials at the Dandora dumping site on the outskirts of Nairobi, Kenya August 25, 2017. Picture taken August 25, 2017. REUTERS/Thomas Mukoya - RC1B073C1D70

Au Kenya, dans l’enfer de la décharge à ciel ouvert de Dandora

A l’est de Nairobi, l’une des plus grandes décharges d’Afrique continue de croître malgré le danger pour le million de Kényans habitant les bidonvilles alentour.

Le camion commence à peine à déverser sa cargaison. Des porcs, des vaches, des chèvres, des hommes, des femmes, des enfants, se ruent au milieu des immondices pour récupérer ce qui peut l’être. Et mangent. L’odeur de putréfaction donne la nausée. Mais la faim est plus forte.

Alors ils grattent, raclent, lèchent les barquettes en plastique. Des grains de riz, un morceau de poulet ou de poisson, un bout de gâteau… Les restes des plateaux-repas servis lors des vols pour Nairobi atterrissent ici, à Dandora, l’une des plus vastes décharges à ciel ouvert d’Afrique. Aux portes de la capitale du Kenya, elle n’en finit plus de grossir.

Chaque matin, un énorme bahut débarque ainsi de l’aéroport avec le « festin ». Tout au long de la journée, des dizaines d’autres l’imitent, avec leurs tonnes d’ordures raz la benne. Les marabouts, ces grands échassiers aux manières de charognards, planent au-dessus de ce canyon de déchets qui s’étend à perte de vue et fume par endroits sous l’effet de la décomposition des détritus. A Dandora, la mort rôde. L’instinct de survie aussi.

« Quand le camion arrive, le matin, c’est la guerre, raconte Zacharia. Parfois, on ne parvient pas à éviter les bagarres entre les gens. » Zacharia a 36 ans. Depuis dix ans, il est le chef des Jobless Millionaires (« chômeurs millionnaires »). Avec son « gang », il contrôle la « zone 5 » de la décharge, la dernière, la plus récente.

Isabella, 30 ans, est là aussi « pour nourrir [sa] famille ». Accroupie en plein soleil, elle frotte de toutes ses forces des tessons de bouteille (Guiness, Coca-Cola) sur un tamis afin de récupérer les capsules. Une autre femme les trie sur une bâche étalée sur le sol.

« C’est un travail difficile, mais je dois gagner de l’argent », dit Isabella, sa fille de 4 ans assise à ses côtés. Le kilo de capsules lui rapporte 3 shillings (moins de 3 centimes d’euros). Isabella fait partie du million de personnes qui s’entassent…

Source : lemonde.fr