100% de plastiques recyclés en 2025 ? … Chiche !

Objectif 100% de plastiques recyclés à horizon 2025. Ce n’est pas l’annonce qui a fait le plus grand bruit lors de la révélation par le gouvernement en juillet dernier de son Plan Climat. Et pourtant, elle a de quoi faire tourner la tête. Par Eric Brac de La Perrière

L’objectif est ambitieux, très ambitieux. Difficile, dans mon cas, de faire autre chose qu’applaudir des deux mains. Mais nous en sommes si loin aujourd’hui qu’il est impossible de ne pas poser la question qui fâche : comment ? La mise en place de la consigne pour les bouteilles en plastique est un vrai signal fort. Mais elle n’est pas une solution magique : les bouteilles ne représentent que la moitié des emballages plastiques. D’autant qu’il faudra plusieurs années avant que la consigne ne commence véritablement à porter ses fruits.

Autant le dire tout de suite : l’objectif 100% de plastiques recyclés n’a aucune chance d’être atteint sans une mobilisation inédite de toute la société. Car dans l’Hexagone, ce sont moins de 25% des plastiques qui sont effectivement recyclés. Un tiers finissent encore dans des décharges, car malheureusement, la mise en décharge ou l’incinération coûte moins cher que le recyclage…

15% de recyclage des plastiques seulement

Et pour cause : la gestion des déchets ménagers coûte environ 100 euros par an et par habitant. Savez-vous combien est consacré au recyclage ? Moins de 20 euros. C’est-à-dire : pas assez ! Nous sommes donc bien loin derrière un pays comme l’Allemagne, qui atteint les 40% de recyclage, pour presque 0 de mise en décharge.

En activant tous les leviers d’optimisation possibles, il est tout à fait envisageable de tripler les moyens consacrés au recyclage, tout en contenant l’augmentation globale de la facture.

Et encore : en France nous ne sommes allés chercher que les tonnes de plastiques les plus faciles à récolter, celles des zones pavillonnaires et des campagnes. Dans les grandes villes denses, le retard est plus catastrophique : 15% de recyclage des plastiques seulement. Autrement dit, c’est là où l’on consomme le plus qu’on recycle le moins… Remédier à cette situation via une consigne coûtera forcément plus cher.

En matière de recyclage des plastiques, l’argent n’est pas le seul problème. Nous avons atteint un plafond de verre. Depuis trop longtemps, nous tous – industriels, distributeurs, consommateurs et habitants – nous nous dédouanons de notre responsabilité en payant les prestations des collectivités tout en sachant parfaitement qu’elles n’ont aucune chance de réussir seules dans les délais.

Car payer ne suffit plus. La filière dans son ensemble doit aujourd’hui se réinventer, et commencer, surtout, en s’ouvrant à de nouveaux acteurs de la proximité, de nouveaux dispositifs et une nouvelle gouvernance.

La tâche peut sembler herculéenne – et à bien des égards, elle l’est ! Mais il y a des raisons de se montrer optimistes : aujourd’hui, ce sont les modes de consommation, c’est-à-dire la mobilisation des consommateurs et la collecte, qui posent problème plutôt que le recyclage lui-même. C’est à ce niveau qu’il nous faut concentrer nos efforts : redoublons donc d’imagination pour créer les solutions qui viendront demain compléter la consigne !

Des leviers d’action existent, et les scénarios qui mènent au 100% de plastiques recyclés sont nombreux.

Source : latribune.fr